Afrique–Chine : quand le remboursement de la dette dépasse les nouveaux financements

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Pendant plus d’une décennie, la Chine s’est imposée comme l’un des principaux partenaires financiers du continent africain, finançant infrastructures, énergie et grands projets structurants. Mais cette dynamique est en train de s’inverser. Une nouvelle réalité s’impose : l’Afrique rembourse aujourd’hui davantage à la Chine qu’elle ne reçoit de nouveaux financements.
Selon un rapport publié le mardi 27 janvier par ONE Data, la plateforme de données de ONE Campaign, ONG engagée dans la lutte contre l’extrême pauvreté et les maladies évitables, la relation financière entre la Chine et l’Afrique a basculé dans une phase nettement moins favorable pour les pays africains.
D’un afflux massif à une sortie nette de capitaux
Les chiffres sont sans équivoque. Entre 2010 et 2014, puis encore jusqu’au milieu des années 2010, l’Afrique bénéficiait d’un flux net positif de financements chinois estimé à +30,4 milliards de dollars. À cette époque, les nouveaux prêts accordés par Pékin dépassaient largement les montants remboursés par les États africains.
En revanche, sur la période 2020–2024, la situation s’est totalement inversée. Le continent enregistre désormais une sortie nette d’environ 22,1 milliards de dollars, ce qui signifie que les pays africains versent à la Chine bien plus qu’ils ne reçoivent sous forme de nouveaux prêts.
Cette évolution s’explique par deux facteurs majeurs :
- l’augmentation continue des remboursements de la dette contractée dans les années précédentes,
- la chute significative des nouveaux prêts chinois, dans un contexte de prudence accrue de Pékin et de réorientation de sa stratégie financière internationale.
La Chine, de créancier à bénéficiaire net
Fait marquant souligné par ONE Data : la Chine est passée, ces dernières années, du statut de fournisseur net de financements à l’Afrique à celui de bénéficiaire net. Autrement dit, les flux financiers sont désormais orientés de l’Afrique vers la Chine, et non l’inverse.
Cette transition marque une rupture profonde avec le récit dominant des années 2000 et 2010, où la Chine était perçue comme une alternative majeure aux bailleurs occidentaux et aux institutions financières internationales.
Le retour en force des institutions multilatérales
Dans le même temps, les institutions multilatérales – Banque mondiale, FMI, banques régionales de développement – ont considérablement renforcé leur présence. D’après le rapport, elles représentent aujourd’hui plus de 56 % des flux nets mondiaux de financement au développement.
Ce recentrage vers le multilatéral reflète à la fois :
- la raréfaction des financements bilatéraux chinois,
- la multiplication des besoins de refinancement et de restructuration de la dette dans plusieurs pays africains,
- et une recherche accrue de stabilité financière dans un contexte mondial marqué par l’inflation, la hausse des taux d’intérêt et les tensions géopolitiques.
Quels enseignements pour l’Afrique ?
Cette inversion des flux financiers pose des questions cruciales pour les économies africaines. Elle met en lumière la nécessité de :
- diversifier les sources de financement,
- renforcer la soutenabilité de la dette,
- et mieux négocier les conditions des partenariats financiers internationaux.
Plus largement, elle rappelle que le développement du continent ne peut reposer durablement sur l’endettement externe, quel que soit le partenaire, mais sur la mobilisation de ressources internes, l’industrialisation, et la création de valeur locale.
Danielle N.



