Emeric Tchatchoua, l’architecte de 3.PARADIS : quand la mode devient langage d’espoir

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Fondateur et directeur artistique de la marque 3.PARADIS, Emeric Tchatchoua s’est imposé en une décennie comme l’une des voix les plus singulières de la mode contemporaine. Inspiré par la culture japonaise, nourri par ses racines africaines et guidé par une quête profonde de sens, le créateur conçoit la mode comme un espace de réparation et de transmission. De la demi-finale du prix LVMH à son entrée remarquée au MET, jusqu’à sa nomination comme Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres en janvier 2026, son parcours dessine celui d’un visionnaire pour qui créer, c’est avant tout relier les êtres et apaiser le monde.

Des racines parisiennes à l’éveil créatif
Né en 1988 dans un quartier populaire de Paris, Emeric Tchatchoua grandit au début des années 2000 dans un environnement urbain où la culture visuelle joue un rôle central. C’est en 2004, à travers Internet, qu’il découvre la mode japonaise. Une révélation.
Bape, Undercover, Rei Kawakubo, Issey Miyake : ces créateurs lui offrent un langage esthétique nouveau, débarrassé des codes élitistes de la mode européenne. « Pour la première fois, je trouvais dans la mode quelque chose auquel je pouvais m’identifier », confiera-t-il plus tard.
Cette immersion nourrit un intérêt plus large pour l’art, le pop art japonais, puis l’art contemporain, façonnant une sensibilité qui deviendra la signature de son travail.
Montréal, l’ennui créatif et la naissance de 3.PARADIS
Après un passage à l’Institut Marangoni à Paris, Emeric s’installe à Montréal avec sa famille en 2008. Il intègre l’École Supérieure de Mode de Montréal en 2010. Mais très vite, le cadre académique et le positionnement commercial du marché canadien le frustrent. « Je m’ennuyais beaucoup à l’école. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de lancer ma marque. »
En 2013, à seulement 25 ans, il fonde 3.PARADIS, un label de prêt-à-porter masculin pensé comme un écosystème plus doux, presque thérapeutique. Chaque collection raconte une histoire, entre réalisme et poésie, et explore des thèmes philosophiques profonds : la perte, la mémoire, l’espoir, la transmission.
La colombe, symbole fondateur
Au cœur de l’identité de 3.PARADIS trône une colombe. Un symbole intime, né du deuil d’un proche, devenu au fil du temps un emblème universel de paix et d’humanité.
D’abord discrète, elle s’impose progressivement sur les vêtements, puis prend corps dans des shootings, notamment chez sa grand-mère, où l’oiseau était déjà omniprésent dans l’art et les objets du quotidien.
Pour Emeric Tchatchoua, la mode est avant tout un message avant d’être un produit.
Reconnaissance internationale et collaborations choisies
Adoptées par des figures de la musique et de la mode – Billie Eilish, Usher, Bella Hadid – les créations de 3.PARADIS séduisent par leur minimalisme et leur charge émotionnelle.
En 2018, Emeric Tchatchoua atteint la demi-finale du Prix LVMH, une étape déterminante qui lui apporte confiance et crédibilité.
S’ensuivent des collaborations soigneusement sélectionnées : Levi’s, Rimowa, Peugeot (autour d’un prototype expérimental), et surtout le Paris Saint-Germain, avec une collection capsule en 2021.
À chaque fois, le créateur refuse la logique du produit pour le produit : « Je n’ai pas l’impression que le monde ait besoin de plus d’objets. »
Une vision africaine et universelle
Présenté à la Fashion Week de Lagos en 2019, Emeric Tchatchoua voit dans l’Afrique un futur majeur pour la création mondiale. « Il y a une richesse de talents et de récits encore inexplorés. L’Afrique apportera quelque chose de profondément nouveau à la mode. »
D’origine camerounaise, il revendique une identité plurielle, nourrie par Paris, le Japon, l’Afrique et l’Amérique du Nord. Son ambition : être un pont entre les cultures.
Consécration institutionnelle et reconnaissance culturelle
Après avoir remporté le Prix Spécial de l’ANDAM en 2024, Emeric Tchatchoua franchit un cap historique. En 2025, plusieurs pièces de 3.PARADIS intègrent également l’exposition Superfine: Tailoring Black Style au Metropolitan Museum of Art de New York, faisant du label l’un des plus représentés.
Le 14 janvier 2026, il est nommé Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres par la ministre de la Culture, Rachida Dati. Une distinction reçue avec humilité : « Je vois cette reconnaissance non comme un point final, mais comme un encouragement à continuer de construire, de questionner et de créer. »

Créer pour transmettre
Aujourd’hui, à l’aube de la présentation de la collection automne-hiver 2026-2027 à la Fashion Week de Paris, Emeric Tchatchoua poursuit son chemin avec la même ligne directrice : créer avec le cœur. « Le but est de donner de l’espoir, de faire rêver, et de rappeler que nos limites sont souvent invisibles. »
Avec 3.PARADIS, Emeric Tchatchoua ne se contente pas d’habiller des corps. Il habille des idées, des émotions et des mémoires. Et inscrit la mode, durablement, dans le champ de la culture et du sens.
Danielle N.



