Marie-Reine Tekou-Asubonteng, la dirigeante qui redessine la gouvernance minière au Sénégal

Crédit photo-Marie-Reine Tekou-Asubonteng-LinkedIn
Première femme à diriger une mine industrielle au Sénégal, Marie-Reine Tekou-Asubonteng incarne une nouvelle génération de dirigeants africains pour qui performance minière, gouvernance rigoureuse et développement local doivent avancer de concert. À la tête de Makabingui Gold Operation (MGO) et Bishop Resources, cette experte de la finance devenue opératrice minière pilote des projets aurifères avec une ambition claire : transformer chaque once produite en levier de création de valeur durable pour les territoires.
De la finance internationale aux réalités du terrain africain
Avant de prendre les rênes d’une exploitation aurifère industrielle, Marie-Reine Tekou-Asubonteng forge son expertise dans le conseil financier international. Elle débute sa carrière chez EY, où elle intervient sur des problématiques financières complexes et des opérations stratégiques nécessitant rigueur analytique et maîtrise des mécanismes de financement.
Diplômée en corporate finance à HEC Paris, elle développe très tôt une vision structurée de la gouvernance et de la discipline financière dans la conduite des projets.
Son parcours prend ensuite une dimension opérationnelle lorsqu’elle rejoint la Croix-Rouge danoise, où elle est amenée à structurer et piloter des dispositifs financiers en Afrique de l’Ouest et au Sahel, dans des contextes souvent instables et multi-pays. Cette expérience de terrain l’immerge dans des environnements complexes où la gestion des risques, la coordination institutionnelle et l’efficacité des dispositifs financiers deviennent des compétences clés.
Première femme à la tête d’une mine industrielle au Sénégal
Aujourd’hui Directrice Générale, Marie-Reine Tekou-Asubonteng dirige des opérations minières industrielles en Afrique de l’Ouest, avec une responsabilité directe sur la performance opérationnelle, les arbitrages financiers et la gouvernance des projets.
Son rôle consiste à piloter au quotidien les opérations de la mine de Makabingui, tout en assurant la structuration stratégique des projets, la discipline financière et le dialogue avec les partenaires institutionnels et industriels.
Dans un secteur historiquement dominé par les hommes, sa nomination marque un tournant symbolique et opérationnel. Mais pour elle, la question du genre ne doit jamais supplanter celle de la compétence.
Selon sa vision, l’industrie minière doit s’appuyer sur des standards internationaux de gouvernance, de conformité et de performance, tout en restant profondément ancrée dans les réalités locales.
Le redressement de Makabingui : la gouvernance comme moteur de performance
L’une des étapes marquantes de son parcours reste le redressement de la mine de Makabingui, dont elle tire une conviction forte : la performance minière repose avant tout sur la qualité de la gouvernance.
Dans un secteur où les décisions stratégiques ont un impact direct sur la rentabilité et la durabilité des projets, elle insiste sur trois piliers : la clarté des responsabilités, la maîtrise des flux de contrôle et la discipline d’exécution.
Mais la réussite d’un projet minier ne se joue pas uniquement dans les salles de décision.
Pour Marie-Reine Tekou-Asubonteng, l’ancrage local est déterminant. Une mine performante doit entretenir un dialogue permanent avec les communautés riveraines et les acteurs territoriaux.
« On ne peut pas faire du copier-coller, même avec les meilleurs standards mondiaux », explique-t-elle. Chaque environnement possède ses spécificités. Comprendre le contexte local et créer une véritable connexion avec l’écosystème constitue, selon elle, une condition essentielle de la performance durable.
L’Afrique à l’aube d’une nouvelle ère minière
Présente à la dernière édition de Mining Indaba, la grande vitrine internationale de l’industrie minière africaine, la dirigeante observe une transformation profonde du discours porté par les acteurs du continent.
Selon elle, l’Afrique ne se définit plus uniquement par les volumes de production.
Le continent affirme désormais une exigence plus forte en matière de gouvernance, de responsabilité environnementale et de création de valeur locale. Les États redéfinissent progressivement leurs codes miniers afin de mieux capter la richesse produite, tout en maintenant l’attractivité pour les investisseurs.
Cette évolution marque le passage d’une logique d’opposition entre États et opérateurs miniers à un véritable partenariat stratégique.
Transition énergétique : l’opportunité industrielle africaine
À l’heure de la transition énergétique mondiale, Marie-Reine Tekou-Asubonteng estime que l’Afrique se trouve dans une position stratégique unique.
Mais pour transformer cette opportunité en véritable moteur de développement, le continent doit franchir une étape décisive : ne plus se contenter d’exporter des matières premières brutes.
Les mines africaines doivent devenir des plateformes industrielles capables d’intégrer davantage de transformation locale, tout en renforçant les chaînes d’approvisionnement régionales et les compétences technologiques.
Cette mutation passe également par une responsabilité environnementale accrue, notamment avec l’intégration croissante d’énergies propres dans les opérations minières.
Ouvrir la voie aux femmes dans l’industrie extractive
Dans un secteur encore largement masculin, Marie-Reine Tekou-Asubonteng incarne également un modèle pour les nouvelles générations de professionnelles africaines.
Pour accélérer la présence des femmes dans les postes de direction, elle identifie plusieurs leviers : l’accès réel aux fonctions décisionnelles, la visibilité des rôles modèles et des politiques d’inclusion mesurables.
Elle rappelle que beaucoup de femmes n’envisagent même pas une carrière dans ce secteur faute de figures auxquelles s’identifier.
Son propre parcours en témoigne : « Certains ont cru en moi plus que je n’ai cru en moi-même au départ. On m’a donné les rênes… et on m’a laissé faire. »
Une confiance qui l’a propulsée au cœur d’un univers exigeant, où chaque décision engage l’avenir d’un projet industriel, d’un territoire et de ses communautés.
Une vision : faire de la mine un moteur de développement
Pour Marie-Reine Tekou-Asubonteng, l’avenir de l’industrie minière africaine se jouera dans sa capacité à conjuguer exigence industrielle, gouvernance rigoureuse et impact territorial.
Sa conviction est simple : une mine bien gouvernée n’est pas seulement un site d’extraction, mais un levier de création de valeur durable pour les États, les investisseurs et les populations locales.
Et c’est précisément cette vision qu’elle s’attache à mettre en œuvre, chaque jour, à la tête des opérations de Makabingui.
Danielle N.



