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Aïssa Maïga, l’art de transformer ses racines en territoire de création

Actrice reconnue, réalisatrice engagée et désormais entrepreneure culturelle, Aïssa Maïga incarne une génération d’artistes pour qui l’identité n’est ni un fardeau ni une nostalgie, mais une force créatrice. Née d’un père malien et d’une mère sénégambienne, arrivée en France à l’âge de quatre ans, elle a construit une trajectoire singulière, à la croisée de plusieurs mondes, sans jamais se sentir déchirée entre eux.

À l’écran comme dans la vie, Aïssa Maïga déroule un fil invisible mais puissant : celui de la mémoire, de la transmission et de l’engagement. Son œuvre, multiple et évolutive, raconte l’Afrique autrement, loin des clichés, avec intimité, dignité et modernité.

Entre Paris et le Sahel, une identité assumée

Aïssa Maïga revendique une double appartenance pleinement vécue. Profondément enracinée en France, elle l’est tout autant au Sahel.
« Mes racines me travaillent autant que je les célèbre », confie-t-elle. Une phrase qui résume sa démarche artistique et personnelle.

Cette conscience aiguë de la mémoire — familiale, collective, féminine — irrigue chacun de ses choix. Elle ne cherche pas à trancher entre ici et ailleurs, mais à relier, à créer des ponts entre les histoires, les cultures et les générations.

Le parfum Ansongo, une mémoire en flacon

Dernier projet en date : la création de son premier parfum, Ansongo, conçu comme un talisman sensoriel. Né d’une rencontre avec la parfumeuse Dora Baghriche et la plateforme The Colors, ce parfum est avant tout une œuvre intime.

Ansongo porte le nom du village malien où Aïssa Maïga passait ses vacances d’enfance chez sa grand-mère paternelle. Il s’articule autour du doum, un fruit de palmier jamais utilisé auparavant en parfumerie, dont les notes rappellent le caramel, le pain d’épices et la datte.

Plus qu’un produit, Ansongo est une reconnexion, une tentative de retrouver une saveur d’enfance, un lien affectif longtemps enfoui.
« Quand je le porte, je me sens accompagnée », explique-t-elle. Une protection symbolique, presque spirituelle.

Derrière cette création se dessine aussi une vision économique et éthique : valoriser les matières premières africaines, créer de nouvelles filières locales, offrir des débouchés durables aux producteurs du continent. Une autre manière de conjuguer création et impact.

Honorer un héritage : l’association Mohamed Maïga

L’engagement d’Aïssa Maïga prend également une dimension profondément politique et mémorielle avec la création de l’association Mohamed Maïga, en hommage à son père, journaliste d’investigation assassiné en 1984 à l’âge de 33 ans.

Proche de Thomas Sankara, figure emblématique du panafricanisme, Mohamed Maïga demeure une icône de la lutte pour la justice sociale et la liberté de la presse en Afrique.
Sa disparition a laissé une empreinte durable dans la vie de sa fille.

À travers cette association, Aïssa Maïga perpétue son combat humaniste : création d’un prix du journalisme d’investigation africain en partenariat avec Reporters sans Frontières, attribution de bourses aux étudiants de l’école de journalisme de Dakar, mobilisation de sa famille dans une démarche collective de transmission. « Toutes ces actions me font du bien à l’âme », confie-t-elle simplement.

Du jeu à la réalisation : raconter l’Afrique autrement

Si ses racines ont toujours nourri ses choix de rôles — notamment dans Bamako d’Abderrahmane Sissako — elles s’imposent pleinement lorsqu’elle passe à la réalisation.

La question devient alors centrale : quelles histoires raconter ?
Celle d’une femme arrivée très jeune à Paris, pleinement parisienne, sans sentiment de déchirement identitaire, mais porteuse d’un héritage africain vivant.

Elle réalise d’abord deux documentaires, Marché sur l’eau et Regard Noir, avant de créer sa société de production, avec des partenaires en France et au Sénégal. Son ambition est claire : produire des films sur le continent africain, raconter des récits modernes, intimes, historiques, et surtout ouvrir des opportunités devant et derrière la caméra.

Pour Aïssa Maïga, créer en Afrique relève aussi d’une responsabilité :
« Quand on est le fruit d’une migration et que notre niveau de vie est plus élevé que celui de notre famille restée au pays, il est normal de contribuer à l’essor d’une économie. »

Un cinéma comme geste de transmission

Parmi ses projets les plus personnels figure un documentaire consacré à son père. Un film qu’elle décrit comme « un voyage intérieur », mêlant enquête, mémoire et quête identitaire.

À travers ce projet, comme dans l’ensemble de son parcours, Aïssa Maïga transforme l’intime en universel, le passé en matière vivante, les racines en territoire de création et de réparation.

Une voix singulière et nécessaire

Actrice, réalisatrice, entrepreneure culturelle, militante de la transmission, Aïssa Maïga incarne une parole rare : celle d’une femme afro-descendante qui ne demande pas la place, mais la crée. Une artiste pour qui l’identité est un acte d’amour, un engagement, et une promesse faite aux générations futures.

Danielle N.

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