À 18 ans, elle recycle des sacs plastiques pour fabriquer des sacs scolaires solaires destinés à améliorer l’éducation des enfants défavorisés

Crédit photo-Lionesses of Africa
Lorsque Thato Kgatlhanye était enfant, les coupures d’électricité et le manque de ressources faisaient partie du quotidien de nombreuses familles sud-africaines. Comme beaucoup d’élèves, elle passait parfois ses soirées à étudier à la lueur vacillante d’une bougie.
Cette réalité, qui semblait banale pour certains, allait pourtant devenir le point de départ d’une innovation capable d’améliorer la vie de milliers d’enfants à travers le monde. Car Thato Kgatlhanye ne voulait pas seulement réussir sa vie. Elle voulait résoudre un problème.
Une question simple qui a tout changé
Au début des années 2010, alors qu’elle est encore étudiante, Thato observe deux défis majeurs qui touchent son pays. Le premier est environnemental. Chaque jour, des millions de sacs plastiques sont jetés et finissent dans les décharges, les rivières ou les espaces publics.
Le second est social. Dans de nombreuses communautés défavorisées, des enfants rentrent de l’école sans accès à une source d’éclairage fiable pour faire leurs devoirs. Pour beaucoup d’entre eux, la seule option reste la bougie ou la lampe à pétrole, des solutions coûteuses, peu efficaces et parfois dangereuses.
Thato commence alors à se poser une question : Et si un simple sac d’école pouvait contribuer à résoudre ces deux problèmes à la fois ?
Une idée née à 18 ans
À seulement 18 ans, elle décide de passer à l’action. Avec son amie Rea Ngwane, elle fonde une entreprise baptisée Rethaka. Le concept est aussi simple qu’ingénieux.
Les deux jeunes femmes récupèrent des sacs de courses en plastique destinés à être jetés et les transforment en sacs scolaires robustes. Mais elles ajoutent une innovation supplémentaire : un petit système solaire intégré permettant de stocker l’énergie du soleil pendant la journée.
Le soir venu, cette énergie alimente une lampe LED qui permet aux élèves d’étudier après la tombée de la nuit. Le sac devient alors bien plus qu’un simple accessoire scolaire. Il devient une source de lumière.
Quand les déchets deviennent une ressource
Chaque sac fabriqué par Rethaka utilise environ vingt sacs plastiques recyclés. Ce qui aurait fini dans une décharge se transforme ainsi en un outil éducatif à forte valeur sociale.
Les sacs sont également équipés de bandes réfléchissantes qui rendent les enfants plus visibles lorsqu’ils marchent le long des routes tôt le matin ou après le coucher du soleil.
L’innovation répond donc simultanément à plusieurs enjeux : la réduction des déchets plastiques ; l’amélioration de l’accès à l’éducation ; la sécurité des enfants ; la promotion des énergies renouvelables.
Une approche qui illustre parfaitement les principes de l’entrepreneuriat à impact.
Une entreprise construite autour d’une mission
Contrairement à de nombreux entrepreneurs motivés par la recherche du profit, Thato Kgatlhanye a toujours affirmé que son objectif principal était de créer un impact social durable. « Je n’avais pas prévu de devenir femme d’affaires », a-t-elle souvent expliqué.
Son ambition était avant tout d’aider les enfants à étudier dans de meilleures conditions.
Dès la création de Rethaka en 2013, l’entreprise s’est donnée pour mission d’améliorer l’accès à l’éducation dans les communautés les plus vulnérables.
Cette vision éthique est rapidement devenue l’ADN de la marque.
De l’Afrique du Sud au reste du monde
Ce qui n’était au départ qu’une initiative portée par deux jeunes femmes est progressivement devenu une entreprise reconnue à l’international.
Au fil des années, Rethaka a développé des partenariats avec de grandes organisations et entreprises, parmi lesquelles : Standard Bank ; Red Bull ; PricewaterhouseCoopers (PwC) ; Unilever.
Les sacs conçus en Afrique du Sud ont ensuite commencé à voyager bien au-delà des frontières du pays. Ils ont été distribués en Namibie, au Royaume-Uni, en Turquie, au Brésil et dans plusieurs autres régions du monde.
L’entreprise nourrit également l’ambition d’étendre davantage sa présence sur le continent africain.
Une reconnaissance internationale
L’impact du travail de Thato Kgatlhanye n’est pas passé inaperçu. En 2015, elle figure parmi les finalistes de la prestigieuse Cartier Women’s Initiative, un programme qui récompense les femmes entrepreneures porteuses de solutions innovantes à fort impact social.
Cette distinction vient confirmer ce que beaucoup avaient déjà compris : l’innovation ne consiste pas toujours à inventer des technologies complexes. Parfois, elle consiste simplement à regarder un problème différemment.
La leçon de Thato Kgatlhanye
L’histoire de Thato Kgatlhanye est celle d’une jeune femme qui a refusé d’accepter que la pauvreté énergétique, l’échec scolaire et la pollution plastique soient des fatalités. Là où d’autres voyaient des déchets, elle a vu une opportunité. Là où d’autres voyaient un simple sac d’école, elle a imaginé une lampe solaire. Et là où beaucoup auraient attendu des solutions venues d’ailleurs, elle a choisi de les créer elle-même.
Aujourd’hui, son parcours est devenu une référence en matière d’innovation sociale africaine. Il rappelle qu’une idée simple, lorsqu’elle répond à un besoin réel, peut transformer des milliers de vies. Parce qu’au fond, les plus grandes inventions ne sont pas toujours celles qui changent le monde entier. Parfois, ce sont celles qui permettent simplement à un enfant d’allumer la lumière pour continuer.
Danielle N.



