Côte d’Ivoire : Avec 40,2 % du capital, Ahmed Cissé prend les commandes de la BICICI

Ahmed Cissé vient de réaliser l’une des opérations financières les plus marquantes de l’année en Côte d’Ivoire. Avec le rachat des 21,09 % détenus par la BNI dans la BICICI, le président du patronat ivoirien se positionne comme le principal actionnaire d’une banque parmi les plus rentables du pays.
Dans le paysage financier ouest-africain, certaines opérations dépassent le simple cadre d’une transaction boursière. Elles traduisent une évolution profonde des rapports de force économiques. L’accord conclu le 13 juillet 2026 entre Brandon & Mcain Capital, la société d’investissement d’Ahmed Cissé, et la Banque Nationale d’Investissement (BNI) de Côte d’Ivoire appartient à cette catégorie.
Selon les informations rendues publiques par les parties concernées, Brandon & Mcain Capital a signé un accord portant sur l’acquisition de l’intégralité de la participation de la BNI dans la Banque Internationale pour le Commerce et l’Industrie de la Côte d’Ivoire (BICICI), représentant 21,09 % du capital. Sous réserve de l’approbation de la Commission bancaire de l’Union Monétaire Ouest-Africaine (UMOA), Ahmed Cissé porterait ainsi sa participation à 40,2 %, devenant de facto le principal actionnaire de l’établissement bancaire dont il assure déjà la présidence du conseil d’administration.
Une ascension qui redessine le paysage bancaire ivoirien
Cette opération consacre l’émergence d’une nouvelle génération d’investisseurs africains capables de prendre le contrôle d’institutions financières stratégiques longtemps dominées par des groupes étrangers ou des actionnaires publics.
Président de la Confédération Générale des Entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI), Ahmed Cissé n’est pas un inconnu du monde des affaires. Ancien dirigeant de sociétés internationales et figure influente du patronat ivoirien, il franchit aujourd’hui une étape décisive en consolidant son influence dans le secteur bancaire.
En devenant le premier actionnaire de la BICICI, il rejoint le cercle restreint des grands bâtisseurs de groupes financiers africains, aux côtés de personnalités telles que Jean Kacou Diagou (NSIA), Koné Dossongui (Atlantic Group) ou encore Yérim Sow (Teyliom Group).
La transformation post-BNP Paribas se poursuit
L’opération s’inscrit dans la continuité de la recomposition actionnariale engagée depuis le retrait de BNP Paribas en 2023. Le groupe bancaire français avait alors cédé sa participation majoritaire dans la BICICI après près de six décennies de présence en Côte d’Ivoire.
Ce départ avait marqué un tournant symbolique dans l’histoire bancaire du pays. Depuis, l’établissement a progressivement renforcé son ancrage local, tant au niveau de sa gouvernance que de son actionnariat.
La sortie de la BNI constitue une nouvelle étape de ce processus. Elle confirme la montée en puissance d’investisseurs privés ivoiriens désireux de jouer un rôle central dans le financement de l’économie nationale et régionale.
Une banque en pleine forme
L’intérêt d’Ahmed Cissé pour la BICICI ne repose pas uniquement sur des considérations stratégiques. La banque affiche également des performances financières remarquables.
Selon les résultats financiers publiés par la BICICI, l’établissement a enregistré un bénéfice net de 36,5 milliards FCFA à fin 2025, en progression de 39 % par rapport à l’exercice précédent. Ces résultats témoignent de la solidité de son modèle économique et de sa capacité à tirer profit de la croissance de l’économie ivoirienne.
La banque figure aujourd’hui parmi les acteurs majeurs du secteur bancaire ivoirien, dans un marché porté par la forte dynamique économique de la Côte d’Ivoire, l’une des économies les plus performantes d’Afrique de l’Ouest ces dernières années.
Le signal d’un capitalisme africain plus affirmé
Au-delà des chiffres, cette opération envoie un signal fort aux marchés africains. Elle illustre la capacité croissante des investisseurs locaux à mobiliser des capitaux importants pour prendre le contrôle d’actifs stratégiques.
Dans un contexte où plusieurs groupes internationaux réévaluent leur présence sur le continent, des entrepreneurs et investisseurs africains apparaissent de plus en plus comme les principaux bénéficiaires de ces mouvements de recomposition.
Pour Ahmed Cissé, l’enjeu dépasse désormais la simple détention d’actions. Il s’agit de démontrer qu’un actionnariat privé africain peut piloter avec succès une grande institution bancaire, soutenir le financement des entreprises et accompagner les ambitions économiques de la région.
Si la Commission bancaire de l’UMOA valide l’opération dans les prochains mois, la BICICI pourrait devenir l’un des exemples les plus emblématiques de l’africanisation du capital bancaire en Afrique de l’Ouest, une tendance appelée à s’accélérer au cours de la prochaine décennie.
Danielle N.



