AMINA MBENGUE : la data scientist qui veut donner un nouveau visage à la technologie sénégalaise

De New York à Dakar, des données à la mode, de l’entrepreneuriat à l’énergie, Amina Mbengue construit un parcours où la technologie n’est jamais une fin en soi. Elle veut en faire un levier d’opportunités, d’inclusion et de transformation pour son pays.
Il y a chez Amina Mbengue quelque chose qui brouille les frontières. Sur les réseaux sociaux, son élégance et son aisance devant l’objectif pourraient laisser croire à une carrière de mannequin. Dans les entreprises, son parcours académique raconte une toute autre histoire : celle d’une spécialiste de la donnée, formée aux États-Unis, capable de transformer des chiffres en décisions stratégiques. Et dans l’entrepreneuriat, elle apparaît encore sous un autre visage : celui d’une jeune femme qui veut accélérer la transformation digitale des entreprises sénégalaises.
Trois univers, une même trajectoire.
Née à New York et élevée au Sénégal, Amina Mbengue choisit pourtant, après ses études américaines, de revenir au pays. Un choix qui, dans un contexte où de nombreux talents africains de la diaspora privilégient une carrière internationale ou dirigent leurs activités à distance, prend une dimension particulière.
« Tout au long de mon séjour aux États-Unis, je ne rêvais que de revenir dans mon pays natal pour le servir, par pur patriotisme », explique-t-elle dans un entretien accordé à seneweb.com. Pour elle, le retour n’est donc pas un repli. C’est un point de départ.
Quand les données deviennent un outil de décision
Son parcours universitaire aux États-Unis lui donne les clés d’un secteur appelé à devenir stratégique pour les économies africaines : la data. Amina Mbengue est titulaire d’un MBA et d’un Master of Science in Data Science and Analytics de Georgia State University. Elle commence sa carrière américaine comme ingénieure géotechnicienne, avant d’intégrer progressivement l’analyse des données à son expertise technique.
Cette double compétence : technique et analytique, constitue aujourd’hui l’un des marqueurs de son profil.
À travers Plume & Pixxel Web Design Studio, elle accompagne des entreprises dans leur transformation numérique, en allant au-delà de la simple création de sites web ou de contenus digitaux.
Son approche part d’une question simple : que racontent réellement les données d’une entreprise ? Une baisse des ventes, une perte de clientèle ou une dégradation des performances financières ne sont pas seulement des chiffres dans un tableau de bord. Ils peuvent révéler des comportements, des dysfonctionnements ou des opportunités encore invisibles.
« Le plus souvent, les bases de données des entreprises restent inexploitées », explique-t-elle. Son travail consiste précisément à les analyser afin d’identifier les causes des difficultés et à proposer des stratégies permettant d’améliorer les performances.
Une data scientist sous les projecteurs
Mais le parcours d’Amina ne se limite pas aux lignes de code, aux algorithmes et aux tableaux de données. À côté de son activité professionnelle, elle s’est construit une communauté importante sur les réseaux sociaux. Près de 200 000 abonnés sur TikTok et environ 36 000 sur Instagram suivent aujourd’hui ses contenus.
Son image attire également les marques. Elle a collaboré avec des enseignes internationales telles que SHEIN, Fashion Nova et Dossier, construisant progressivement une réputation dans l’univers de la mode et du contenu digital.
Pourtant, elle ne se définit pas comme mannequin. La mode est avant tout, dit-elle, une passion. Ses proches l’ont encouragée à partager des contenus sur les réseaux sociaux. Les propositions de marques sont ensuite venues naturellement. Cette visibilité prend une nouvelle dimension lorsqu’elle apparaît dans le clip « Baby Girl » de l’artiste sénégalais VJ.
L’expérience va rapidement amplifier sa visibilité numérique. Après la sortie du clip, elle constate une forte progression de son audience.
Mais même sous les projecteurs, Amina garde une limite : elle ne rêve pas de podiums.
Les séances photo et les tournages vidéo lui correspondent davantage que les défilés. Une nuance qui résume assez bien son parcours : elle préfère construire son propre espace plutôt que se conformer à une seule définition du métier.
Transformer une différence en engagement
Derrière cette image publique se trouve cependant une dimension beaucoup plus intime. Amina Mbengue a choisi de parler ouvertement de l’autisme, présent dans sa famille, et d’en faire progressivement un sujet d’engagement social.
Son ambition est de créer une structure dédiée aux personnes autistes au Sénégal, afin de contribuer à la sensibilisation et de lutter contre les préjugés. Son message est sans ambiguïté : l’autisme ne doit pas être assimilé à la folie. Elle défend au contraire l’idée que les personnes autistes peuvent posséder des formes d’intelligence et des capacités différentes, qui méritent d’être comprises, accompagnées et valorisées.
Cette volonté donne une autre profondeur à son parcours. La technologie, chez elle, n’est pas uniquement synonyme de performance économique. Elle peut également devenir un outil d’inclusion et de changement social.
Amina aurait pu poursuivre sa trajectoire aux États-Unis. Elle aurait pu gérer son entreprise à distance. Elle a choisi de rentrer. Son parcours raconte ainsi une nouvelle génération de talents africains : formés à l’international, familiers des technologies de pointe, à l’aise avec les codes mondiaux de la création et de l’entrepreneuriat, mais désireux de transformer cette expérience en valeur sur le continent.
Amina Mbengue n’a pas choisi entre la blouse de la data scientist et les lumières des studios. Elle avance avec les deux. Car derrière les chiffres, les algorithmes, les campagnes de marques et les millions de vues, son ambition semble finalement tenir en une idée simple : revenir pour construire, innover pour servir et utiliser la technologie pour ouvrir de nouvelles possibilités au Sénégal.
Danielle N.



