Le Sénégal lance Awa, une IA capable de comprendre le wolof et le pulaar

Crédit photo-TSM BUSINESS
Comprendre le wolof, répondre en pulaar, commander un repas, accéder à un service public ou envoyer un colis : c’est l’ambition d’Awa, la première intelligence artificielle entièrement développée par des talents sénégalais. Présentée comme une future « super application », cette innovation marque une étape importante dans la stratégie numérique du Sénégal et dans la valorisation des langues africaines à l’ère de l’IA.
Une IA pensée par et pour les Africains
Le Sénégal franchit un cap dans sa transformation numérique avec le lancement d’Awa, une intelligence artificielle conversationnelle développée par deux entrepreneurs sénégalais, Alioune Badara Mbengue et Pape Gorgui Ndoye.
L’initiative a été mise en lumière par le Premier ministre Ousmane Sonko lors de la présentation de la vision stratégique « Sénégal 2050 », qui place l’innovation technologique au cœur du développement économique du pays.
À première vue, Awa ressemble aux assistants conversationnels déjà présents sur le marché. Mais sa particularité réside dans sa capacité à comprendre et répondre en wolof et en pulaar, deux des langues les plus parlées au Sénégal.
Une avancée qui répond à un défi majeur : l’exclusion des langues africaines de la révolution de l’intelligence artificielle.
Combler le déficit numérique des langues africaines
Pour Alioune Badara Mbengue, la création d’Awa est née d’un constat préoccupant : les langues africaines restent largement sous-représentées dans les données utilisées pour entraîner les modèles d’intelligence artificielle.
Selon une étude citée par les fondateurs, l’ensemble des langues africaines représenterait moins de 0,02 % des données disponibles sur Internet.
« Les grands modèles d’intelligence artificielle sont entraînés à partir des données disponibles en ligne. Comme les langues africaines sont très peu présentes sur Internet, ces systèmes ont naturellement des difficultés à les comprendre ou à les utiliser correctement », explique Alioune Badara Mbengue au micro de RFI.
Pour relever ce défi, l’équipe d’Awa a dû constituer, traiter et structurer des bases de données linguistiques adaptées afin d’entraîner des modèles capables de comprendre les subtilités des langues locales.
Une future « super app » africaine
Au-delà de la simple conversation, les créateurs d’Awa ambitionnent d’en faire une véritable plateforme multiservices. L’intelligence artificielle pourrait à terme permettre aux utilisateurs d’effectuer de nombreuses tâches du quotidien à partir d’une seule interface : rechercher une information, accéder à des services administratifs, commander un repas, organiser un déplacement ou encore envoyer un colis.
L’objectif est d’intégrer progressivement l’intelligence artificielle dans les interactions quotidiennes, jusqu’à en faire une couche technologique presque invisible pour l’utilisateur.
Un fort engouement avant même son lancement
Avant son lancement officiel, Awa suscite déjà un intérêt important auprès du public sénégalais. Selon son cofondateur Pape Gorgui Ndoye, les retours reçus au cours des phases de présentation et de démonstration témoignent d’une forte attente des utilisateurs. Cet engouement illustre l’intérêt croissant des populations africaines pour des solutions technologiques adaptées à leurs réalités linguistiques et culturelles.
Vers l’intégration d’autres langues africaines
Les ambitions des fondateurs ne s’arrêtent pas au Sénégal. Après le wolof et le pulaar, l’équipe prévoit d’intégrer progressivement d’autres langues africaines afin d’élargir l’accès aux outils d’intelligence artificielle sur le continent.
Cette stratégie pourrait permettre à Awa de devenir l’une des premières plateformes d’IA africaines véritablement multilingues, contribuant à réduire la fracture numérique qui touche encore de nombreuses communautés linguistiques.
Une innovation au cœur de la vision Sénégal 2050
Avec Awa, le Sénégal ne cherche pas seulement à développer une nouvelle technologie. Le pays entend démontrer que l’Afrique peut également être productrice d’innovations de pointe dans le domaine de l’intelligence artificielle.
En mettant les langues locales au centre de son modèle, cette jeune pousse sénégalaise ouvre une voie originale : celle d’une IA conçue non pas pour adapter les Africains aux technologies existantes, mais pour adapter la technologie aux réalités africaines.
Danielle N.



