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De Kikwit à l’élite mondiale de l’énergie : l’ascension du Dr. Ngalula Sandrine Mubenga

À 17 ans, une panne d’électricité manque de lui coûter la vie. Vingt-cinq ans plus tard, Sandrine Ngalula Mubenga est devenue l’une des voix les plus influentes de la transition énergétique africaine. Entre recherche de pointe aux États-Unis, réformes du secteur électrique en République démocratique du Congo et promotion des carrières scientifiques auprès des jeunes Africains, son parcours incarne l’ambition d’une scientifique déterminée à relever les grands défis énergétiques du continent.

Dans l’univers de l’énergie, rares sont les dirigeants dont la vocation est née d’une expérience aussi personnelle. À Kikwit, dans le sud-ouest de la République démocratique du Congo, la jeune Sandrine Ngalula Mubenga est hospitalisée à l’âge de 17 ans pour une intervention chirurgicale d’urgence. Mais l’opération est retardée pendant trois jours en raison des coupures d’électricité qui paralysent l’établissement de santé.

L’épisode la marque profondément. Pour beaucoup, ce n’aurait été qu’un souvenir douloureux. Pour elle, ce sera le point de départ d’une mission de vie : contribuer à résoudre la crise énergétique qui prive des millions d’Africains d’accès à l’électricité.

De Kikwit aux laboratoires américains

Déterminée à transformer cette épreuve en moteur d’action, Sandrine Ngalula Mubenga s’envole pour les États-Unis où elle poursuit des études en génie électrique à l’Université de Toledo, dans l’Ohio.

Son parcours académique est remarquable. Elle y obtient une licence avec la mention Cum Laude, un master récompensé pour la meilleure thèse de sa promotion, puis un doctorat en génie électrique. Elle devient ensuite professeure agrégée titulaire au sein de cette même université, où elle enseigne depuis plusieurs années les technologies liées à l’énergie et aux systèmes électriques.

Ses recherches portent sur des secteurs stratégiques pour l’avenir énergétique mondial : les énergies renouvelables, les véhicules électriques, les systèmes de gestion de batteries (Battery Management Systems), les technologies de l’hydrogène et les réseaux intelligents.

Elle développe notamment un véhicule électrique hybride à hydrogène et obtient un brevet américain pour une technologie innovante d’équilibrage des batteries, conçue pour prolonger leur durée de vie et améliorer les performances des véhicules électriques.

Avant même sa carrière académique, elle participe au développement de plus de 50 mégawatts de capacité solaire photovoltaïque aux États-Unis, contribuant à l’intégration de projets d’énergie renouvelable sur le réseau électrique américain.

La bâtisseuse de l’ARE

En 2020, son expertise attire l’attention des autorités congolaises. Le président Félix Tshisekedi la nomme à la tête de la toute nouvelle Autorité de Régulation du secteur de l’Électricité (ARE), créée dans le cadre de la libéralisation du marché électrique congolais.

Elle devient ainsi la première Directrice générale de l’institution.

Dans une interview accordée à Vatican News peu après sa nomination, elle expliquait que l’ARE avait pour mission de garantir « la transparence et l’équilibre entre les différents acteurs » du secteur tout en protégeant les consommateurs et en favorisant l’accès à l’électricité.

Durant six années, Sandrine Ngalula Mubenga pilote la construction de cette institution pratiquement à partir de zéro. Sous sa direction, l’ARE met en place des cadres réglementaires destinés à attirer les investisseurs privés, à renforcer la concurrence et à améliorer la gouvernance du secteur.

Les résultats sont significatifs.

Entre 2020 et 2026, la capacité électrique installée en République démocratique du Congo passe d’environ 2 972 MW à plus de 4 133 MW, soit une progression de près de 39 %. Dans le même temps, le taux de couverture électrique passe de 17,9 % à 29 % de la population selon les données communiquées par l’institution.

L’ARE contribue également à promouvoir les projets d’énergies renouvelables et participe à la création de la Commission de Régulation de l’Électricité en Afrique Centrale (CORREAC), dont la RDC accueille le siège.

Une technocrate dans un secteur stratégique

Ce qui distingue Sandrine Ngalula Mubenga de nombreux dirigeants du secteur public africain est sa volonté constante de maintenir une approche technique et indépendante.

Dans son entretien avec Vatican News, elle insistait sur la nécessité pour le régulateur de demeurer « apolitique » afin d’assurer une régulation efficace et crédible du marché électrique.

Cette vision lui vaut une reconnaissance au-delà des frontières congolaises.

Membre senior de l’Institute of Electrical and Electronics Engineers (IEEE), ingénieure professionnelle agréée dans l’État de l’Ohio, elle est régulièrement sollicitée sur les questions liées à la transition énergétique africaine.

Son travail a été mis en lumière par plusieurs médias internationaux, dont Forbes Africa, BBC, France 24, Voice of America et Jeune Afrique.

L’Afrique au cœur de sa mission

Au-delà de ses responsabilités institutionnelles, Sandrine Ngalula Mubenga s’investit dans la formation de la prochaine génération de scientifiques africains.

Elle fonde STEM DRC Initiative, une organisation qui encourage les jeunes, notamment les filles, à s’orienter vers les sciences, les technologies, l’ingénierie et les mathématiques.

À travers cette initiative, elle milite pour une plus grande représentation des femmes africaines dans les métiers technologiques et scientifiques, encore largement dominés par les hommes.

Elle est également fondatrice de SMIN Power Group et siège aux conseils d’administration de plusieurs organisations, dont l’Autorité de Régulation de l’Électricité de la RDC, Imagination Station aux États-Unis et l’Université Loyola du Congo.

Une vision pour l’Afrique énergétique de demain

Depuis 2025, Sandrine Ngalula Mubenga poursuit ses travaux en tant que boursière du prestigieux programme Fulbright U.S. Scholar à l’Université du Witwatersrand en Afrique du Sud.

Ses recherches se concentrent désormais sur les solutions réglementaires capables de répondre aux défis du délestage, de la sécurité énergétique et de la transition vers des systèmes électriques plus durables.

À l’heure où près de 600 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’électricité selon la Banque africaine de développement, son parcours illustre l’émergence d’une nouvelle génération d’experts africains capables de naviguer entre innovation technologique, politiques publiques et développement économique.

Pour Sandrine Ngalula Mubenga, l’énergie n’est pas seulement une question d’infrastructures ou de mégawatts. C’est avant tout un levier de transformation sociale.

Danielle N.

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