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Le Nigeria obtient 200 millions d’euros de la BEI pour doper ses PME vertes et numériques

Crédit photo-eib.org

La branche internationale de la Banque européenne d’investissement, BEI Global, et la Banque de développement du Nigeria (DBN) ont scellé l’un des partenariats financiers les plus significatifs de l’année pour le secteur privé nigérian. Signé jeudi dernier dans les bureaux de la DBN à Lagos, l’accord porte sur une enveloppe de 200 millions d’euros destinée à irriguer l’économie verte et numérique du pays le plus peuplé d’Afrique.

Un accord scellé en présence des plus hautes instances

La cérémonie de signature a réuni les dirigeants des deux institutions, en présence d’Ambroise Fayolle, vice-président de la BEI, venu en personne entériner cet engagement. Du côté nigérian, c’est le Dr Tony Okpanachi, directeur général de la DBN, qui a porté la voix de l’institution bénéficiaire.

Ce financement n’est pas un geste isolé : il s’inscrit dans la stratégie globale de la BEI en faveur d’une croissance économique durable, inclusive et résiliente, et plus largement dans le cadre de l’initiative européenne Global Gateway, qui vise à mobiliser des financements massifs vers les économies émergentes et en développement.

Où va concrètement l’argent ?

Contrairement à un prêt souverain classique destiné à combler un déficit budgétaire, ce financement a une vocation précise : irriguer le tissu économique nigérian par le bas. Les fonds seront redirigés par la DBN vers les institutions financières locales, qui les prêteront à leur tour aux micros, petites et moyennes entreprises (MPME) ainsi qu’aux Midcaps, ces entreprises de taille intermédiaire trop grandes pour le microcrédit, mais encore trop petites pour accéder aux marchés de capitaux classiques.

Quatre secteurs sont explicitement ciblés : L’agriculture, pour améliorer la productivité, structurer les chaînes d’approvisionnement locales et renforcer la sécurité alimentaire d’un pays qui compte la population la plus nombreuse du continent africain ; Les énergies renouvelables, pour élargir l’accès à une énergie propre dans des communautés encore mal desservies par le réseau électrique national ; La numérisation, pilier de la transformation digitale de l’économie nigériane ; L’innovation, comprise au sens large comme moteur de diversification économique.

Pourquoi ce financement compte pour l’économie nigériane ?

Le Nigeria fait face à une équation économique complexe : une population jeune et nombreuse, un secteur informel toujours dominant, et des PME structurellement à l’écart du crédit bancaire classique, jugées trop risquées par les banques commerciales traditionnelles. C’est précisément ce vide que les financements de développement comme celui de la BEI tentent de combler, en passant par des intermédiaires locaux mieux à même d’évaluer le risque réel des emprunteurs.

Pour les énergies renouvelables, l’enjeu est double : réduire la dépendance du pays aux énergies fossiles malgré ses réserves pétrolières abondantes, et apporter de l’électricité aux zones rurales ou péri-urbaines aujourd’hui privées d’un accès fiable au réseau. Pour l’agro-industrie, le pari est de transformer un secteur encore largement artisanal en chaînes de valeur plus robustes, capables de mieux résister aux chocs climatiques et logistiques.

« Ce partenariat avec la Banque de développement du Nigeria va renforcer la compétitivité du secteur privé nigérian, en particulier pour les PME des secteurs vert et numérique. En soutenant des projets verts et des femmes entrepreneures, nous encourageons également la croissance inclusive et l’action climatique », a déclaré Ambroise Fayolle, vice-président de la BEI, en soulignant la dimension genrée de l’initiative, un point sur lequel les bailleurs de fonds internationaux insistent de plus en plus dans leurs programmes africains.

Du côté nigérian, le Dr Tony Okpanachi a salué cet investissement comme « une étape importante dans notre mission de stimuler la croissance économique et la durabilité du Nigeria ». Il a ajouté que ce partenariat « souligne l’engagement de la DBN à accélérer la transition du Nigeria vers une économie durable, axée sur l’innovation et le numérique, la création d’emplois et l’amélioration des moyens de subsistance ».

Une relation de long terme entre la BEI et le Nigeria

Ce nouvel engagement ne sort pas de nulle part. La BEI est présente dans l’environnement financier nigérian depuis des décennies, avec déjà près d’un demi-milliard d’euros investis à ce jour en soutien à la croissance durable du secteur privé local.

Plus largement, depuis le démarrage de ses activités dans le pays en 1978, la BEI a investi un total de 2,3 milliards d’euros au Nigeria. Ces financements ont notamment soutenu le transport urbain durable, l’adaptation au changement climatique, l’innovation et la numérisation, la logistique agro-industrielle, ainsi que le financement direct des PME et des Midcaps.

Ce nouveau partenariat de 200 millions d’euros vient donc consolider une présence déjà ancienne, tout en l’orientant plus fortement vers les priorités actuelles de la transition verte et numérique deux axes devenus centraux dans la doctrine d’investissement européenne en Afrique subsaharienne.

BEI Global et l’ambition Global Gateway

Ce financement illustre également la montée en puissance de BEI Global, la branche du groupe BEI dédiée spécifiquement au développement international. Partenaire clé de l’initiative Global Gateway. BEI Global affiche un objectif ambitieux : mobiliser 100 milliards d’euros d’investissements d’ici la fin de 2027.

Au sein de ce que l’Union européenne appelle « Team Europe », BEI Global travaille en coordination avec d’autres institutions de financement du développement ainsi qu’avec des acteurs de la société civile, afin de démultiplier l’impact de chaque euro investi sur le terrain.

Ce que ce financement signifie pour les entrepreneurs nigérians

Pour une PME nigériane active dans l’agro-industrie ou les énergies renouvelables, ce type d’accord se traduit concrètement par un accès facilité au crédit auprès des institutions financières locales partenaires de la DBN sans avoir à négocier directement avec une institution internationale. C’est précisément la logique de ce montage en cascade : la BEI prête à la DBN, qui reprête aux banques et institutions de microfinance locales, qui financent à leur tour les entreprises sur le terrain.

Reste à voir, dans les mois qui suivent la signature de cet accord, à quelle vitesse ces 200 millions d’euros se traduiront en crédits effectivement décaissés auprès des PME nigérianes et dans quelle mesure cette nouvelle vague de financement parviendra à toucher les femmes entrepreneures et les zones rurales que les deux institutions disent vouloir prioriser.

Danielle N.

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