Canada–Afrique : les secteurs où les partenariats commerciaux peuvent se renforcer

15,1 milliards de dollars d’échanges en 2024, à peine plus de 1 % du commerce canadien : entre le Canada et l’Afrique, la relation reste très en deçà de son potentiel. Pourtant, le contexte change. Ottawa s’est doté en 2025 d’une stratégie pour l’Afrique et cherche à diversifier ses partenaires face aux tensions commerciales avec les États-Unis. Mines et minerais critiques, énergie, agroalimentaire, infrastructures, numérique, éducation : tour d’horizon des secteurs où les partenariats peuvent passer à la vitesse supérieure.
Une relation qui pèse encore peu
Selon l’analyse publiée en mars 2026 par le Foreign Policy Research Institute, les échanges de marchandises entre le Canada et les pays africains ont atteint 15,1 milliards de dollars canadiens en 2024, soit une hausse de près de 30 % en cinq ans. Le chiffre reste modeste : l’Afrique représente à peine plus de 1 % du commerce de marchandises du Canada, et moins de 1 % de ses exportations, qui s’élevaient à 6,7 milliards de dollars en 2023, selon le rapport du Sénat du Canada.
Selon le Foreign Policy Research Institute, ces échanges sont également très concentrés : près de 40 % se font avec l’Afrique du Sud et le Nigeria, devenu en 2024 le deuxième partenaire africain du Canada, pour un total d’environ 2,9 milliards de dollars d’échanges. Selon l’Observatoire de la Francophonie économique, la Côte d’Ivoire se hisse au quatrième rang en Afrique subsaharienne, avec près de 895 millions de dollars.
Le contexte pousse pourtant au rapprochement. Le gouvernement s’est engagé à doubler, en dix ans, ses échanges avec les pays autres que les États-Unis. Affaires mondiales Canada a publié en mars 2025 la Stratégie du Canada pour l’Afrique, qui met davantage l’accent sur la coopération économique et soutient la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Selon l’organisation ONE Canada, les importations canadiennes en provenance d’Afrique pourraient doubler pour atteindre 20,9 milliards de dollars d’ici 2035.
Les secteurs à renforcer
1. Les mines et les minerais critiques
C’est le pilier historique de la relation. Selon le rapport du Sénat du Canada, 45 % des investissements directs canadiens en Afrique étaient concentrés dans le secteur minier en 2023. Selon Ressources naturelles Canada, une centaine d’entreprises canadiennes y détient des actifs miniers évalués à environ 39,1 milliards de dollars, ce qui fait de l’Afrique la deuxième destination de l’investissement minier canadien après les Amériques.
L’enjeu se déplace vers les minerais critiques, indispensables à la transition énergétique. Selon Options politiques, qui a publié une analyse en septembre 2026, la canadienne Mkango Resources développe au Malawi le gisement de terres rares de Songwe Hill, tandis que plusieurs gouvernements africains exigent davantage de participation locale et de transformation sur place ; le Mali a nationalisé une mine exploitée notamment par la canadienne Iamgold. Le renforcement du partenariat passera par des projets générant davantage de valeur dans les pays producteurs.
2. Les équipements et services miniers
Au-delà de l’extraction, les fournisseurs canadiens d’équipements, de technologies propres et de services d’ingénierie ont une carte à jouer. Selon le Service des délégués commerciaux, un programme canadien dédié est, par exemple, organisé lors de Mining Indaba, le grand salon minier du Cap.
3. L’énergie propre et les infrastructures
Avec ses besoins massifs en électricité, en transport et en eau, l’Afrique offre des débouchés aux bureaux d’ingénierie et aux spécialistes canadiens de l’hydroélectricité et des réseaux. C’est aussi un terrain naturel pour les institutions canadiennes de financement du développement.
4. L’agroalimentaire
Le Canada est un grand exportateur de céréales et de légumineuses, tandis que l’Afrique cherche à renforcer sa sécurité alimentaire et à transformer davantage sa production. Les partenariats peuvent aller au-delà de l’exportation : technologies agricoles, transformation, stockage et chaînes de valeur durables, un axe explicitement cité par la Stratégie du Canada pour l’Afrique.
5. Le numérique, l’IA et l’éducation
Avec des pôles comme Montréal en intelligence artificielle et une longue tradition d’accueil d’étudiants africains, le Canada peut développer des partenariats en matière de formation, de technologies et d’innovation. La stratégie canadienne mentionne d’ailleurs le potentiel des partenariats en matière de science, de technologie et d’innovation. Selon le Blogue du CORIM, la Francophonie constitue un atout supplémentaire, notamment pour le Québec, en lien avec l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale.
6. Les importations africaines
Le partenariat n’est pas à sens unique. Selon le rapport du Sénat du Canada, le Canada accorde déjà un accès en franchise de droits à 40 pays africains pour presque tous leurs produits, au titre du tarif des pays les moins avancés. Mieux utilisé, ce dispositif pourrait favoriser l’arrivée de produits transformés africains, du café au cacao en passant par le textile.
Les outils disponibles
| Outil | Rôle |
|---|---|
| Stratégie du Canada pour l’Afrique (mars 2025) | Cadre politique : coopération économique, envoyés spéciaux, mécanisme d’engagement de la diaspora |
| Tarif des pays les moins avancés | Accès en franchise de droits pour 40 pays africains |
| FinDev Canada | Financement du développement pour le secteur privé |
| Exportation et développement Canada (EDC) | Assurance, financement et accompagnement des exportateurs |
| Service des délégués commerciaux | Missions, salons et mises en relation d’affaires |
| Appui à la ZLECAf | Expertise pour la mise en œuvre du marché continental |
Les freins et les conditions de réussite
Des moyens encore limités. Dans son mémoire adressé au Comité permanent des affaires étrangères, l’organisation ONE regrette que la stratégie ne dispose pas d’un budget propre, contrairement à la stratégie indo-pacifique, dotée d’un budget de 2,3 milliards de dollars. Elle réclame un plan de mise en œuvre assorti d’objectifs chiffrés et d’un mandat clair pour qu’EDC accompagne les PME vers l’Afrique.
Un cadre commercial à bâtir. Dans son rapport « Canada-Afrique : saisir une opportunité stratégique », le comité sénatorial des affaires étrangères recommande de faire de l’Afrique une priorité stratégique de la diversification commerciale et d’étudier des accords de libre-échange avec des pays africains. Il appelle aussi FinDev Canada à rendre ses activités sur le continent plus visibles et mieux alignées sur l’Agenda 2063 de l’Union africaine.
La concurrence. La Chine reste le premier partenaire commercial de l’Afrique et sa principale source d’investissements, tandis que l’Europe, la Turquie, les pays du Golfe et l’Inde multiplient les initiatives. Le Canada doit s’appuyer sur ses atouts distinctifs : son expertise minière, sa francophonie, sa diaspora africaine, ses institutions et ses normes de conduite responsable.
La légitimité des projets. Dans les mines en particulier, le partenariat ne se renforcera que si les projets canadiens sont perçus comme équitables : transformation locale, emplois, respect des communautés et transparence.
La fenêtre est ouverte. Si le Canada transforme sa stratégie en actions financées et ciblées, l’Afrique peut devenir l’un des moteurs de sa diversification commerciale, et le Canada un partenaire de choix pour l’industrialisation africaine.



