Henriette Noutchogouin Kom : transformer un héritage en puissance agro-industrielle

Crédit Photo : BANGE BANK Cameroun
Dans l’histoire du capitalisme camerounais, le nom Noutchogouin évoque un empire bâti sur plusieurs décennies, de l’aviculture aux engrais. Entrepreneure dans la logistique, co-dirigeante du groupe NJS et membre du consortium qui veut reprendre la Sosucam, Henriette Noutchogouin Kom se trouve au cœur des grandes transformations de l’agro-industrie nationale. Son parcours pose une question essentielle : comment transformer un héritage entrepreneurial en puissance industrielle durable ?
L’empire Noutchogouin
L’histoire commence à Bandjoun, dans l’Ouest du Cameroun. Selon le portrait publié par Le Jour et repris par Camer.be, Jean Samuel Noutchogouin, né en 1933, débute adolescent dans le commerce de la ferraille, qu’il fait transformer en outils agricoles par des forgerons pour les vendre aux cultivateurs de Bafoussam. Il bâtit ensuite un empire dans l’élevage et l’agro-industrie, au point de devenir l’une des plus grandes fortunes du pays. Selon Camer.be, il est décédé en 2019, à 85 ans.
Selon EcoMatin, le groupe qui porte son nom, Noutchogouin Jean Samuel (NJS), s’appuie sur plusieurs filiales :
| Filiale | Activité |
|---|---|
| Société des provenderies du Cameroun (SPC) | Alimentation du bétail et production d’œufs |
| Agrocam | Production de poussins d’un jour |
| Belgocam | Importation et vente d’intrants |
| Hydrochem Cameroun (ex-Yara Cameroun) | Engrais |
Selon le Journal du Cameroun, le groupe est aujourd’hui le leader de l’aviculture en Afrique centrale et contrôle environ 45 % du marché camerounais des engrais.
Une trajectoire entre héritage et expansion
Entrepreneure dans la logistique, Henriette Noutchogouin Kom co-dirige le groupe NJS, que la presse camerounaise, dont EcoMatin, présente comme une entreprise qu’elle dirige. Depuis la disparition de son fondateur, le groupe ne se contente pas de gérer l’existant : il investit et se diversifie.
Les dernières années en témoignent, selon le Journal du Cameroun et EcoMatin, sur la nouvelle usine d’engrais et la ferme avicole au Gabon :
- 2023 : rachat de la participation de Yara International dans Yara Cameroun, rebaptisée Hydrochem Cameroun, avec un accord de distribution exclusive des engrais haut de gamme du groupe norvégien ;
- avril 2025 : inauguration à Douala d’une nouvelle usine d’engrais de 150 000 tonnes par an, qui augmente la production de 130 % ;
- Récemment : signature d’une convention de 10 milliards de francs CFA avec le Gabon pour une ferme avicole intégrée à Oyem, d’une capacité de 10 000 tonnes de volaille par an.
De l’aviculture aux engrais, la logique est cohérente : maîtriser des maillons clés de la chaîne agricole, de l’intrant à la protéine animale, au service de la souveraineté alimentaire.
Le pari de la Sosucam
Selon EcoMatin, qui a rapporté l’information le 13 août 2026, le groupe français Somdiaa a signé ce jour-là un accord pour céder l’intégralité de sa participation de 82 % dans la Société sucrière du Cameroun (Sosucam), premier producteur de sucre du pays et l’un des plus grands complexes agro-industriels d’Afrique centrale. Le repreneur : un consortium de cinq investisseurs camerounais, présentés par EcoMatin.
| Membre du consortium | Profil |
|---|---|
| Joseph Pagop Noupoué | Avocat d’affaires, président du conseil d’administration de Savannah Energy |
| Henriette Noutchogouin | Dirigeante du groupe NJS |
| William Nkontchou | Banquier, cofondateur d’AFIIP |
| Igor Djoukwé | Ingénieur, spécialiste des systèmes de production |
| Marcel Tchagongom | Homme d’affaires |
Selon EcoMatin, le projet s’accompagne d’un plan d’investissement pluriannuel de 210 millions d’euros, soit environ 137,7 milliards de francs CFA, afin de redresser une entreprise en difficulté financière. Selon AllAfrica, le consortium a emporté la victoire face à des candidats étrangers, dont le groupe d’Aliko Dangote.
Le dossier n’est toutefois pas bouclé. Selon AllAfrica, qui a rapporté l’information le 24 août 2026, le gouvernement camerounais a demandé à Somdiaa de suspendre la cession et a rappelé que l’État reste propriétaire des terres cultivables mises à bail à la Sosucam. Selon Lebledparle, un comité stratégique s’est vu accorder fin août six mois pour évaluer les différentes options ; en attendant, Somdiaa continue d’exploiter l’entreprise et prépare la campagne sucrière 2026-2027, de novembre à mai.
Transformer un héritage en puissance industrielle
Le parcours d’Henriette Noutchogouin Kom illustre un enjeu majeur pour le capitalisme camerounais : la transmission. Beaucoup de grands groupes familiaux africains peinent à survivre à la mort de leur fondateur. Le groupe NJS, lui, poursuit son expansion par des acquisitions, de nouvelles usines et une implantation régionale.
La Sosucam marque un changement d’échelle. En s’associant à des financiers, des juristes et des ingénieurs, les héritiers d’empires familiaux peuvent viser des actifs que nul ne pourrait acquérir seul. Le débat suscité par l’opération, relevé par AllAfrica, dépasse d’ailleurs la question de l’identité des propriétaires : il porte sur la capacité du Cameroun à mobiliser son propre capital pour reprendre et développer ses fleurons.
Pour Henriette Noutchogouin Kom, le défi est double : poursuivre la croissance du groupe familial et, avec ses associés, contribuer à redresser l’un des piliers de l’agro-industrie nationale. Une réponse, peut-être, à la question de la souveraineté alimentaire du pays.



