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Le Qatar, premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL), fait face à un choc majeur. Des attaques visant ses installations énergétiques ont entraîné une perte estimée à 17 % de sa capacité d’exportation, selon le ministre de l’Énergie Saad Sherida Al-Kaabi.
Des infrastructures stratégiques touchées
Les frappes survenues les 18 et 19 mars ont ciblé la zone industrielle de Ras Laffan, qui abrite la plus grande usine de liquéfaction de gaz au monde. Dans un communiqué publié sur X, QatarEnergy confirme que les trains de liquéfaction 4 et 6 ont été endommagés, représentant une capacité combinée de 12,8 millions de tonnes par an, soit environ 17 % des exportations nationales. Ces installations sont exploitées en partenariat avec ExxonMobil : Train 4 : 66 % QatarEnergy / 34 % ExxonMobil ; Train 6 : 70 % QatarEnergy / 30 % ExxonMobil.
Les conséquences économiques pourraient être lourdes : jusqu’à 20 milliards de dollars de pertes annuelles et des réparations estimées entre trois et cinq ans. « Aucune victime n’est à déplorer », a toutefois précisé le ministre, dénonçant des attaques «injustifiées » menaçant la sécurité énergétique mondiale.
Des répercussions immédiates sur les marchés
La perturbation de l’offre qatarie inquiète déjà les principaux importateurs, notamment la Chine, la Corée du Sud, l’Italie et la Belgique. Le Qatar n’exclut pas de recourir à des clauses de force majeure sur certains contrats à long terme. Depuis le début du conflit le 28 février, les prix du gaz en Europe ont bondi de plus de 60 %, ravivant les craintes d’une nouvelle crise énergétique.
Une crise énergétique mondiale en gestation
Au-delà du Qatar, c’est l’ensemble du système énergétique mondial qui vacille. Le directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), Fatih Birol, alerte sur une « menace majeure » pour l’économie mondiale. Selon lui : 40 sites énergétiques ont été gravement endommagés au Moyen-Orient : les pertes atteignent 11 millions de barils par jour, un niveau supérieur aux grandes crises pétrolières des années 1970
Les marchés pétroliers réagissent immédiatement : Le WTI frôle les 100 dollars le baril. Le Brent se maintient au-dessus de 112 dollars
Le détroit d’Ormuz au cœur des tensions
La situation pourrait encore s’aggraver. L’Iran menace de fermer le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour une grande partie du pétrole mondial, en réponse aux pressions américaines. Une telle fermeture aurait des conséquences systémiques sur l’approvisionnement énergétique mondial.
Une onde de choc globale
Les impacts se font déjà sentir à travers le monde :
- Europe : appel à réduire les stocks de gaz pour limiter la pression sur les prix
- Sri Lanka : hausse de 25 % des carburants
- Macédoine du Nord : baisse temporaire des taxes pour contenir l’inflation
- Bangladesh : demande de plus de 2 milliards de dollars d’aide d’urgence
Le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, prévient : si le conflit dure plus de six mois, « toutes les économies du monde en souffriront ».
Une crise aux multiples visages
Entre destruction d’infrastructures, flambée des prix et tensions géopolitiques, la crise actuelle dépasse le cadre régional. Elle met en lumière la fragilité des chaînes d’approvisionnement énergétiques mondiales. Dans un contexte déjà marqué par l’inflation et le ralentissement économique, l’énergie redevient plus que jamais un levier stratégique… et un facteur de vulnérabilité globale.
Danielle N.



