Leadership au féminin : ces femmes qui dirigent, structurent et transforment déjà les organisations en Afrique

Le leadership féminin en Afrique ne se raconte plus uniquement au futur. Il s’écrit au présent, dans les conseils d’administration, les entreprises, les institutions publiques, les secteurs stratégiques, les espaces de création et les initiatives qui redéfinissent les trajectoires du continent.
Au Cameroun comme ailleurs en Afrique, des femmes dirigent, structurent, financent, sécurisent, communiquent, créent, innovent, forment, conseillent et bâtissent avec méthode et vision.
Dans les secteurs de l’énergie, de la gouvernance d’entreprise ou de la création culturelle, Léonie Ngane, Hermine-Dolorès Boum et Chantal Edie Ntube incarnent trois trajectoires différentes, mais un même engagement : transformer durablement leurs environnements à travers leurs compétences, leur leadership et leur capacité à ouvrir de nouvelles perspectives.
Léonie Ngane : transformer la donnée en décisions qui éclairent un pays
Dans le secteur électrique camerounais, certaines décisions influencent durablement l’équilibre économique et énergétique du pays, sans toujours être visibles du grand public. Derrière ces arbitrages se trouvent souvent des profils experts, capables de relier chiffres, réalités économiques et vision stratégique.
Depuis près de vingt ans, Léonie Ngane, ingénieure statisticienne-économiste et Sous-Directrice en charge de la Tarification et des Études économiques, fait partie de ces femmes qui traduisent la donnée en décisions structurantes pour le Cameroun.
Son travail repose sur trois axes majeurs : la construction de modèles tarifaires robustes pour soutenir la viabilité du système électrique national ; le développement d’un espace de réflexion sur les enjeux énergétiques africains, afin de rendre ces questions accessibles aux décideurs comme au grand public ; et enfin, son engagement associatif en tant que vice-présidente d’Enelles International, où elle accompagne des initiatives liées à la santé, au leadership féminin et à l’autonomisation.
Pour elle, comprendre précède l’action.
« Ce que je construis, ce n’est pas seulement des modèles ou des programmes : c’est une capacité collective à mieux comprendre pour mieux agir. »
Sa trajectoire a été façonnée très tôt par la résilience. Alors qu’elle est en dernière année d’école d’ingénieur, un accident de voiture survient à la veille d’un examen décisif. Là où beaucoup auraient choisi de reporter ou de renoncer, elle continue.
Cette capacité à tenir dans les moments critiques l’accompagne encore aujourd’hui dans un secteur stratégique où les décisions économiques sont sensibles et souvent complexes.
À la nouvelle génération, elle adresse un message simple mais puissant : ne pas attendre la certitude parfaite avant d’avancer.
« La science n’est pas réservée à celles qui savent déjà ; elle appartient aussi à celles qui acceptent d’apprendre, de douter et de progresser. »
Entre expertise technique et transmission, Léonie Ngane rappelle qu’en Afrique, les métiers scientifiques féminins participent déjà pleinement aux grandes décisions nationales.
Hermine-Dolorès Boum : la gouvernance comme levier de solidité institutionnelle
Dans le monde des affaires, la qualité d’une organisation repose souvent sur ce que le grand public ne voit pas immédiatement : sa gouvernance, sa capacité à anticiper les risques, la qualité de ses mécanismes de contrôle, la rigueur de ses décisions stratégiques.
Sur ces sujets, Hermine-Dolorès Boum fait figure de référence.
Avec plus de trente années d’expérience au plus haut niveau dans des environnements africains complexes et fortement régulés, elle a construit sa carrière au cœur des secteurs bancaire, agro-industriel, pétrolier et des télécommunications.
Elle fait notamment partie des personnalités qui ont participé à la création de BGFIBank Cameroun, où elle a occupé les fonctions de Directrice générale adjointe, contribuant à poser les fondations institutionnelles, les fonctions stratégiques et les premiers cadres de gouvernance de l’établissement.
Au niveau du Groupe BGFI, elle a ensuite exercé comme Secrétaire générale de la holding ainsi que Directrice des risques, du contrôle interne et de la conformité, accompagnant l’harmonisation des dispositifs de gouvernance dans plusieurs pays africains.
Aujourd’hui encore, elle continue d’exercer cette influence stratégique comme Présidente du Comité d’audit de BGFIBank Cameroun et administratrice indépendante de MTN Mobile Money, où elle siège notamment aux comités d’audit, des risques et de rémunération.
Son expertise s’appuie également sur plusieurs certifications internationales en gouvernance, coaching exécutif, cyber-risque et ESG, qui renforcent son accompagnement auprès des conseils d’administration et des dirigeants africains.
Sa vision est claire : bâtir des institutions solides, responsables et durables.
Dans un contexte africain où la pérennité des organisations devient un enjeu majeur, Hermine-Dolorès Boum incarne une génération de femmes qui structurent les institutions avec exigence, tout en préparant la transmission aux générations futures.
Chantal Edie Ntube : créer pour documenter, questionner et transformer
Le leadership féminin s’exprime aussi dans les arts, la mémoire collective et la capacité à raconter autrement les réalités africaines.
C’est précisément le terrain d’expression de Chantal Edie Ntube, photographe, écrivaine et commissaire d’exposition camerounaise.
À travers son travail, elle mobilise l’image comme un outil de recherche, de narration et de transformation sociale.
Formée en histoire, en sciences politiques et diplômée de l’Université de Reading au Royaume-Uni, elle construit depuis plusieurs années une œuvre engagée qui explore les héritages coloniaux, les fractures historiques et les tensions contemporaines du Cameroun.
Son exposition itinérante « Il était une fois : La naissance de l’État du Cameroun 1884–1914 », présentée notamment au Musée national de Yaoundé, s’inscrit dans cette volonté de revisiter les récits historiques à partir d’un regard africain.
Elle s’est également engagée dans le projet « Retour sur le passé », consacré à la crise anglophone, et a contribué aux réflexions internationales sur la restitution des savoirs avec SAVVY Contemporary.
Avec The Raining Season School, plateforme d’apprentissage et de désapprentissage qu’elle contribue à faire vivre, elle propose de nouvelles manières d’interroger l’histoire, les savoirs et la transmission.
Depuis 2015, elle forme avec Zacharie Ngnogue le duo artistique Togetherness, qui développe une lecture critique de la société camerounaise à travers la photographie.
Leur travail a donné naissance à plusieurs plateformes majeures : Studio XL, consacré à l’image de l’Afrique, et PixAfrica, une banque d’images pensée pour raconter le continent dans toute sa diversité et sa richesse visuelle.
Le duo a participé à plusieurs expositions collectives au Cameroun et à l’international, du Sénégal à Berlin, en passant par la Lituanie et la France. Leurs œuvres ont rejoint les collections du Théâtre Paris-Villette et de la Fondation Kadist.
Avec Chantal Edie, l’art devient à la fois archive, langage critique et espace d’imagination collective.
Des trajectoires différentes, une même dynamique
Énergie, gouvernance, art et transmission : à première vue, tout semble distinguer Léonie Ngane, Hermine-Dolorès Boum et Chantal Edie Ntube.
Pourtant, un point commun les relie : chacune, dans son domaine, participe à structurer le présent tout en préparant l’avenir.
L’une transforme la donnée en décisions stratégiques pour un secteur vital.
L’autre renforce la gouvernance d’institutions majeures du continent.
La troisième interroge les récits, crée des espaces de mémoire et réinvente les imaginaires.
Leur parcours rappelle une réalité de plus en plus visible : en Afrique, les femmes ne prennent pas seulement part aux transformations en cours, elles les dirigent déjà, les organisent et leur donnent de nouvelles perspectives.
Et à travers leurs engagements, elles montrent qu’un leadership durable ne repose pas uniquement sur l’autorité ou la visibilité, mais aussi sur la capacité à bâtir, transmettre et créer un impact qui dépasse les organisations pour toucher la société tout entière.
Danielle N.



