RDC : l’AFC s’engage sur le métro de Kinshasa et la liaison vers le port de Banana

Un métro pour une ville de plus de 20 millions d’habitants, et un rail vers l’Atlantique : la RDC a signé deux accords avec l’Africa Finance Corporation (AFC). Le premier lance la première phase de MetroKin, une ligne électrifiée de 25 km évaluée à 877 millions de dollars entre la gare centrale de Kinshasa et l’aéroport de N’Djili. Le second ouvre l’étude d’une liaison ferroviaire vers le futur port en eau profonde de Banana.
Les accords signés
Selon Congo Quotidien, qui a rapporté l’information le 14 octobre 2026, le gouvernement congolais et l’AFC ont signé deux documents le lundi 12 octobre 2026 à Dubaï :
- un accord de co-développement pour la première phase de MetroKin ;
- un protocole d’accord pour financer l’étude de faisabilité d’une ligne ferroviaire reliant Kinshasa à Banana.
Selon Congo Quotidien, les accords ont été signés par le vice-Premier ministre et ministre des Transports, Jean-Pierre Bemba, et par le président-directeur général de l’AFC, Samaila Zubairu, en présence de la ministre du Portefeuille, Julie Shiku. Basée à Lagos, l’AFC est une institution multilatérale qui finance et développe des infrastructures sur le continent.
Le ministère des Transports a présenté l’opération comme un financement de 877 millions de dollars obtenu auprès de l’AFC, selon l’Agence Ecofin (14 octobre 2026). Selon The Rio Times, les documents publiés ne précisent toutefois pas quelle part de ce montant l’AFC apportera elle-même, ni à quelles conditions.
MetroKin : 25 km pour commencer
Selon Zawya, MetroKin est un projet de réseau ferroviaire urbain de 300 km, prévu en quatre phases, destiné à l’ensemble de la ville-province de Kinshasa. La première phase porte sur une ligne électrifiée de 25 km reliant la gare centrale à l’aéroport international de N’Djili.
Selon l’Agence Ecofin, le projet prévoit de reconstruire la voie existante en double voie à écartement standard et de créer huit nouvelles gares ; une fois en service, la ligne devrait transporter jusqu’à 520 000 passagers par jour. Selon UA News, qui reprend The Rio Times, le démarrage des travaux est prévu pour décembre 2026.
Le projet mûrit depuis plusieurs années, selon la chronologie reconstituée par la rédaction à partir de Wikipédia, d’Engineering News et de l’Agence Ecofin :
| Date | Étape |
|---|---|
| Février 2023 | Accord de développement entre l’AFC et le promoteur Trans Connexion Congo |
| Mai 2024 | Protocole d’accord entre l’AFC et le constructeur français Alstom |
| 12 octobre 2026 | Accord de co-développement avec le gouvernement pour la première phase |
| Décembre 2026 | Début annoncé des travaux |
Selon Engineering News, qui a rapporté l’accord le 30 mai 2024, Alstom apporte son expérience du Train express régional de Dakar et du premier métro d’Abidjan.
Kinshasa-Banana : relier la capitale à l’Atlantique
Le second accord porte sur un enjeu stratégique pour l’ensemble de l’économie congolaise. Aujourd’hui, Kinshasa est reliée à la mer par une ancienne voie ferrée jusqu’au port fluvial de Matadi, à environ 365 km. Mais Matadi, situé en amont sur le fleuve Congo, ne peut accueillir que des navires de petite taille.
C’est l’argument central du port en eau profonde de Banana, seule ville côtière du pays sur l’Atlantique, située dans la province du Kongo-Central. Selon UA News, qui s’appuie sur The Rio Times, sa construction est en cours, menée par l’opérateur émirien DP World. Encore faut-il que les marchandises puissent y parvenir efficacement depuis la capitale.
Selon The Rio Times, le protocole signé avec l’AFC porte sur le financement de l’étude de faisabilité d’une ligne Kinshasa-Banana. Le projet n’en est qu’à ce stade : ni tracé définitif, ni coût, ni calendrier n’ont été annoncés.
Les enjeux et les défis
À Kinshasa, MetroKin répond à un besoin criant. La ville, dont la population dépasserait 21 millions d’habitants selon certaines projections, repose presque entièrement sur un réseau routier saturé. Un transport ferroviaire de masse pourrait réduire les temps de trajet, désengorger les routes et rendre l’aéroport plus accessible.
Mais le projet devra relever plusieurs défis :
- le bouclage financier, tant que la part de l’AFC et des autres financeurs n’est pas précisée ;
- l’alimentation électrique, indispensable à une ligne électrifiée dans une ville où les coupures sont fréquentes ;
- la maintenance des équipements dans la durée ;
- l’intégration avec les autres modes de transport et un tarif abordable pour les usagers.
C’est la capacité à offrir un service régulier, accessible et financièrement soutenable qui déterminera l’impact réel de MetroKin. Quant à la liaison vers Banana, elle conditionne la rentabilité du futur port et, par conséquent, la capacité de la RDC à réduire sa dépendance aux corridors logistiques de ses voisins.



