Equit’ABLE Africa : quand la diaspora devient investisseur du développement en Afrique de l’Ouest

Selon la Banque mondiale, les transferts de fonds vers l’Afrique subsaharienne ont dépassé 54 milliards de dollars en 2023. À l’échelle de l’ensemble du continent, plusieurs institutions, dont la Banque africaine de développement, estiment que les flux financiers de la diaspora africaine avoisinent les 90 à 100 milliards de dollars par an. Une manne financière considérable qui soutient des millions de familles, finance l’éducation, la santé et les besoins quotidiens. Mais une question émerge de plus en plus : comment transformer une partie de ces transferts en investissements productifs capables de créer des emplois et de soutenir durablement les économies africaines ?
C’est à cette problématique que répond Equit’ABLE Africa, une plateforme fondée par Léa Desgranges, spécialiste du financement des entreprises africaines, qui ambitionne de démocratiser l’investissement à impact en Afrique de l’Ouest en permettant à la diaspora de devenir actionnaire de PME et de startups locales.
Transformer l’épargne de la diaspora en capital productif
Invitée sur TV5 Monde, Léa Desgranges a présenté la vision qui sous-tend Equit’ABLE Africa.
La plateforme permet à des particuliers, notamment issus de la diaspora africaine, d’investir directement dans des petites et moyennes entreprises (PME) et des startups à fort impact social, économique ou environnemental en Afrique de l’Ouest.
Le principe est simple : à partir de 500 euros, un investisseur peut accéder à des opportunités soigneusement sélectionnées par l’équipe d’Equit’ABLE Africa, après un processus rigoureux d’évaluation financière et d’analyse d’impact.
« Equit’ABLE Africa est une société qui permet à la diaspora africaine d’investir en capital dans des PME et des startups à impact en Afrique de l’Ouest, tout en permettant à ces entreprises de lever des fonds pour accélérer leur développement », explique la fondatrice.
Contrairement aux transferts classiques destinés à la consommation familiale, l’objectif est ici de canaliser une partie de l’épargne vers des activités économiques créatrices de valeur.
Une réponse au déficit de financement des PME africaines
L’idée d’Equit’ABLE Africa est née d’un constat observé sur le terrain par Léa Desgranges au cours de son parcours professionnel. Après plusieurs années passées au sein des Nations Unies à travailler sur les mécanismes de financement des entreprises ouest-africaines, elle a été confrontée aux difficultés récurrentes rencontrées par les PME pour accéder à des capitaux adaptés à leurs besoins.
« En Afrique de l’Ouest, de nombreuses PME à fort potentiel peinent à trouver des financements adaptés alors même qu’elles jouent un rôle clé dans la croissance économique et la création d’emplois », souligne-t-elle.
Or, les PME représentent près de 90 % du tissu entrepreneurial africain et génèrent entre 40 % et 50 % des emplois locaux. Elles constituent donc un levier essentiel de transformation économique, d’innovation et de développement territorial.
Pour Léa Desgranges, il devenait nécessaire d’imaginer un mécanisme plus agile que les solutions institutionnelles traditionnelles afin de rapprocher les investisseurs potentiels des entrepreneurs africains.
La diaspora, un acteur économique encore sous-exploité
Le pari d’Equit’ABLE Africa repose sur une conviction forte : la diaspora peut devenir un véritable moteur de développement économique pour le continent.
Selon la Banque mondiale, les transferts de fonds de la diaspora africaine représentent chaque année des dizaines de milliards de dollars. Dans certains pays, ils pèsent même davantage que les investissements directs étrangers ou l’aide publique au développement.
Au Sénégal, par exemple, ces transferts représentent environ 10 % du produit intérieur brut (PIB).
Pourtant, la majeure partie de ces ressources est orientée vers les dépenses courantes des ménages. « Nous avons mené une enquête qui a démontré l’existence d’un véritable appétit de la diaspora pour l’investissement dans son pays, sa région ou son continent d’origine », explique Léa Desgranges.
Cette aspiration est portée par une nouvelle génération de diasporas qui souhaitent non seulement soutenir leurs proches, mais aussi participer activement à la création de richesses et d’emplois sur le continent.
Investir avec impact
L’une des particularités d’Equit’ABLE Africa réside dans son approche fondée sur l’impact investing, ou investissement à impact.
Avant d’être proposées aux investisseurs, les entreprises font l’objet d’une double analyse. La première évalue leur impact social, économique ou environnemental. La seconde porte sur leur solidité financière, leur modèle économique et leur potentiel de croissance.
Cette méthodologie permet d’identifier des entreprises capables de générer à la fois un rendement financier et un impact positif mesurable. Les domaines ciblés sont variés : mobilité durable, inclusion financière, agriculture, numérique, transition énergétique ou encore entrepreneuriat féminin.
Un premier succès dans la mobilité durable
La plateforme a déjà réalisé ses premiers investissements. Parmi eux figure une entreprise basée à Dakar spécialisée dans la mobilité durable. Son activité consiste à accompagner les chauffeurs de taxi dans la transition des véhicules thermiques vers les véhicules électriques.
Grâce à Equit’ABLE Africa, plusieurs membres de la diaspora ont pu participer au financement de cette entreprise, contribuant ainsi à son développement tout en soutenant une initiative favorable à la transition écologique.
Cette première opération illustre la philosophie de la plateforme : créer des passerelles entre l’épargne citoyenne et les besoins de financement de l’économie réelle.
Un investissement qui comporte des risques
Si Equit’ABLE Africa entend démocratiser l’investissement, sa fondatrice rappelle toutefois qu’aucun placement n’est exempt de risques.
Comme tout investissement en capital, les investisseurs peuvent subir une perte partielle ou totale de leur mise. « Tout investissement comporte un risque de perte de capital. C’est pourquoi nous réalisons des analyses approfondies et des due diligences rigoureuses afin de sélectionner les entreprises les plus solides possibles », précise Léa Desgranges.
La plateforme met ainsi l’accent sur la transparence et l’accompagnement des investisseurs afin qu’ils puissent prendre leurs décisions en toute connaissance de cause.
Une vision portée par l’innovation sociale
D’origine malgache, Léa Desgranges se définit comme une professionnelle engagée au service du développement du continent africain. Son expertise couvre notamment l’ingénierie financière, le financement non souverain, le blended finance, l’inclusion financière et digitale, l’autonomisation économique des femmes ainsi que les écosystèmes entrepreneuriaux africains.
À travers Equit’ABLE Africa, elle cherche à concilier impact social et innovation financière. « J’ai observé une aspiration croissante chez les citoyens à donner davantage de sens à leur épargne. C’est dans cette double dynamique qu’est née l’idée de démocratiser l’investissement à impact pour les entreprises ouest-africaines et de créer un véritable trait d’union entre épargne solidaire et capital productif », explique-t-elle.
Vers une nouvelle relation entre la diaspora et l’Afrique
Au-delà du financement des entreprises, Equit’ABLE Africa illustre une évolution plus profonde des relations entre la diaspora africaine et le continent.
Longtemps perçue comme une source de transferts financiers destinés à soutenir les familles, la diaspora apparaît désormais comme un acteur capable de participer directement à la transformation économique de l’Afrique.
En facilitant l’accès à l’investissement dans des PME locales, la plateforme ouvre la voie à un modèle où les membres de la diaspora deviennent non seulement des soutiens financiers, mais aussi des partenaires du développement.
Une ambition qui pourrait contribuer à renforcer l’écosystème entrepreneurial africain tout en donnant un nouveau sens à l’épargne des Africains du monde.
Danielle N.



