« Nous n’avons plus besoin d’aide, mais d’attirer des investissements » : Mohammed Dewji, le milliardaire tanzanien qui croit au siècle africain

Crédit photo-Mohammed Dewji-Facebook
De Singida, petite ville du centre de la Tanzanie, aux cercles du capital international, Mohammed Dewji a construit l’un des plus puissants groupes industriels africains. À la tête du conglomérat MeTL Group, l’homme d’affaires tanzanien défend une vision assumée : l’avenir économique du continent ne repose plus sur l’aide internationale, mais sur l’investissement, l’industrialisation et la création d’écosystèmes locaux.
De Singida à Georgetown, les fondations d’un bâtisseur
Mohammed Dewji aime rappeler qu’il est né loin des grandes capitales économiques. « Peu de gens le savent, mais je suis né à la maison, avec une sage-femme. Je ne suis jamais allé à l’hôpital », confie-t-il à RFI.
Originaire de Singida, dans le centre de la Tanzanie, il grandit dans une famille d’entrepreneurs avant de poursuivre ses études à Dar es Salaam puis aux États-Unis. Diplômé en finance et commerce international de l’université de Georgetown, il rentre rapidement au pays pour rejoindre l’entreprise familiale.
À l’époque, la société fondée par son père génère environ 30 millions de dollars de chiffre d’affaires dans le négoce de matières premières. Quelques décennies plus tard, MeTL Group est devenu un géant industriel africain.
MeTL Group, un empire multisectoriel africain
Sous l’impulsion de Mohammed Dewji, le groupe s’est diversifié dans l’industrie, l’agriculture, l’alimentation, les boissons, l’assurance, la logistique ou encore l’immobilier.
Aujourd’hui, MeTL Group est présent dans neuf pays africains : Tanzanie, Kenya, Ouganda, Rwanda, Burundi, Zambie, Malawi, Mozambique ainsi qu’en Asie, avec un siège stratégique installé aux Émirats arabes unis.
Le groupe emploie environ 40 000 personnes en Tanzanie et plus de 50 000 à travers le continent.
Face aux multinationales mondiales comme Unilever, Procter & Gamble ou Coca-Cola, Mohammed Dewji revendique une ambition claire : bâtir des champions africains capables de concurrencer les grands groupes internationaux sur leur propre terrain.
« La dernière frontière de la croissance, c’est l’Afrique »
Pour l’homme d’affaires, l’Afrique reste le territoire économique le plus sous-estimé au monde. « Si vous regardez la taille du continent, sa démographie, ses ressources naturelles et ses opportunités et que vous voyez qu’elle ne représente que 3 % du PIB mondial, je suis très optimiste. Il y a beaucoup d’argent à gagner ici et nous devons nous concentrer sur l’attraction d’investissements vers le continent », explique-t-il.
Dans un contexte mondial marqué par les tensions commerciales et le protectionnisme, Dewji voit dans le continent africain un immense marché de croissance encore largement inexploité.
Son discours tranche avec les narratifs traditionnels centrés sur l’aide au développement. « Nous n’avons plus besoin d’aide, mais d’attirer des investissements », insiste-t-il.
Une position qui reflète la vision d’une nouvelle génération de patrons africains convaincus que le développement du continent passera avant tout par le secteur privé, l’industrialisation et la montée en puissance des marchés locaux.
Le pari de l’agriculture africaine
Parmi les secteurs qu’il considère comme stratégiques, l’agriculture occupe une place centrale. Mohammed Dewji affirme vouloir faire de l’Afrique « le grenier du monde ». Une ambition qu’il juge réaliste au regard des ressources disponibles sur le continent.
« L’Afrique dispose de 40 % des terres arables disponibles dans le monde, d’un accès à l’eau et d’une population jeune et dynamique », rappelle-t-il. Mais le milliardaire pointe également les obstacles structurels : manque de capitaux, déficit de confiance des investisseurs et insuffisance des infrastructures.
Il travaille actuellement sur un vaste projet agricole de 100 000 hectares dédié à la sécurité alimentaire, nécessitant près de 250 millions de dollars d’investissement. Pour lui, l’enjeu est double : nourrir l’Afrique et faire du continent une puissance agricole mondiale.
Technologie, jeunesse et leapfrog africain
Comme de nombreux entrepreneurs africains, Mohammed Dewji voit dans la technologie un levier majeur de transformation économique. Selon lui, l’Afrique peut reproduire le phénomène du « leapfrog » observé avec le mobile, lorsque le continent est passé directement au smartphone sans passer massivement par l’ordinateur de bureau. « La même chose peut se produire avec l’intelligence artificielle », estime-t-il.
Santé, agriculture, finance ou éducation : le dirigeant considère que les technologies émergentes peuvent accélérer l’inclusion économique et la création d’emplois pour la jeunesse africaine, à condition d’investir dans les infrastructures numériques et la connectivité.
La philanthropie comme seconde mission
Au-delà du business, Mohammed Dewji veut désormais inscrire son héritage dans la philanthropie. En 2016, il rejoint le Giving Pledge, initiative lancée par Bill Gates et Warren Buffett, s’engageant à donner au moins la moitié de sa fortune.
À travers la Mo Dewji Foundation, il finance des programmes dans l’éducation, la santé, l’accès à l’eau potable et le traitement de maladies infantiles. « Sauver la vie d’un enfant peut coûter à peine 1 000 euros », souligne-t-il.
L’homme d’affaires affirme aujourd’hui être parfois plus passionné par son action philanthropique que par ses entreprises. « Ce qui compte maintenant pour moi, c’est ma responsabilité devant Dieu et mon devoir d’aider les autres », dit-il.
Une vision assumée du capitalisme africain
Ancien homme politique, Mohammed Dewji défend une vision pragmatique du développement africain : de bonnes politiques publiques associées à des entrepreneurs capables de créer de la valeur.
Pour lui, les grandes entreprises africaines ne doivent pas être perçues comme une menace pour les petites structures, mais comme des moteurs d’écosystèmes économiques. « Quand une entreprise grandit, elle crée des opportunités pour les autres », assure-t-il.
À travers son parcours, Mohammed Dewji fait partie de cette génération de milliardaires africains qui veulent faire du continent non plus un terrain d’assistance, mais un espace de croissance, d’investissement et de puissance économique.
Danielle N.



