Adesuwa Okunbo Rhodes, la reine nigériane du capital-investissement qui parie sur les femmes et les oubliés de l’économie africaine

Crédit photo-Adesuwa Okunbo Rhodes-LinkedIn
Dans l’univers encore très masculin du capital-investissement africain, peu de noms incarnent autant la détermination, l’audace et l’innovation qu’Adesuwa Okunbo Rhodes. Investisseuse chevronnée, entrepreneure, dirigeante d’entreprise et défenseure de l’autonomisation économique des femmes, cette Nigériane s’est imposée comme l’une des figures les plus influentes de la finance africaine contemporaine. À seulement 36 ans, elle dirige aujourd’hui plus de 80 millions de dollars d’actifs, après avoir bâti de ses propres mains l’un des fonds d’investissement les plus singuliers d’Afrique de l’Ouest : Aruwa Capital Management.
Une vocation forgée dans la finance internationale
Avant de devenir entrepreneure, Adesuwa Okunbo Rhodes a construit une solide carrière dans la finance mondiale. Forte de plus de quinze années d’expérience dans la banque d’investissement et le capital-investissement, elle a évolué au sein de grandes institutions financières internationales, notamment J.P. Morgan, où elle a acquis une expertise approfondie en structuration financière, en analyse d’investissement et en accompagnement d’entreprises à forte croissance.
Cette expérience lui a permis d’observer une réalité frappante : des milliers d’entreprises africaines prometteuses demeuraient exclues des circuits traditionnels de financement, tandis que les femmes entrepreneures continuaient de faire face à des obstacles structurels pour accéder au capital.
Plutôt que de se contenter de constater ce déséquilibre, elle a décidé d’agir.
Le pari audacieux d’Aruwa Capital Management
En juillet 2019, à Lagos, Adesuwa Okunbo Rhodes prend une décision qui changera sa vie. Elle quitte le confort d’un emploi bien rémunéré et investit ses propres économies pour lancer Aruwa Capital Management, un fonds de capital-développement destiné à financer des entreprises souvent ignorées par les grands investisseurs.
À seulement 29 ans, elle devient l’une des plus jeunes gestionnaires de fonds de capital-investissement du continent. Son ambition est claire : démontrer qu’il est possible de concilier performance financière, impact social et inclusion économique.
Aruwa Capital Management cible les petites et moyennes entreprises du Nigeria et du Ghana, en investissant généralement entre 500 000 et 2 millions de dollars dans des sociétés à fort potentiel de croissance opérant dans des secteurs stratégiques tels que : la santé ; les services financiers ; les biens de consommation ; l’agro-industrie ; les énergies renouvelables ; la technologie.
Le fonds privilégie particulièrement les entreprises créées ou dirigées par des femmes, ainsi que celles dont les produits et services répondent aux besoins de la vaste « économie féminine », estimée à plus de 15 000 milliards de dollars à l’échelle mondiale.
Investir dans les femmes : une conviction économique
Pour Adesuwa Okunbo Rhodes, l’investissement en faveur des femmes ne relève pas uniquement d’un engagement sociétal. Elle considère cette approche comme une véritable stratégie économique. Selon elle, les femmes représentent l’un des plus importants réservoirs de croissance inexploités du monde. Elles jouent un rôle central dans les familles, les communautés et les chaînes de valeur économiques, tout en étant largement sous-financées.
Son objectif est donc de faire d’Aruwa Capital une preuve vivante que les investissements dirigés vers les femmes peuvent générer des rendements financiers supérieurs tout en contribuant à la réduction de la pauvreté et au développement durable.
Cette philosophie a rapidement porté ses fruits. Adesuwa est devenue la première femme au Nigeria à lever seule plus de 10 millions de dollars pour un premier fonds institutionnel, une performance remarquable dans un secteur où les gestionnaires de fonds féminins demeurent largement sous-représentés.
Huit années de refus avant le succès
Si son parcours inspire aujourd’hui de nombreux jeunes entrepreneurs africains, il est loin d’avoir été un long fleuve tranquille. Il y a quelques jours encore, elle était méconnue du grand public, jusqu’à ce qu’elle soit interviewée par un créateur de contenu américain de la chaîne School of Hard Knocks, suivie par des millions de personnes sur TikTok.
Interrogée sur les clés de sa réussite, elle a livré une réponse devenue virale : « La rivière traverse la roche non pas grâce à sa puissance, mais grâce à sa persistance. » Une philosophie qui résume parfaitement son propre parcours. Elle raconte avoir mis huit ans à créer son premier fonds d’investissement, essuyant d’innombrables refus au passage. « On me disait constamment que je ne réussirais pas dans le capital-investissement parce que j’étais jeune, noire et femme. »
Face à ces obstacles, elle a développé une conviction profonde : « Si personne ne vous donne une place à la table, créez votre propre table. » Cette capacité à transformer le rejet en moteur d’action est devenue l’une des marques de fabrique de son leadership.
Une vision optimiste de l’Afrique
Lors de cette même interview, Adesuwa a également partagé sa vision de l’avenir du continent africain. À contre-courant des clichés souvent véhiculés à l’international, elle insiste sur les opportunités exceptionnelles qu’offre l’Afrique.
Elle rappelle notamment qu’en 2050, une personne sur quatre dans le monde sera africaine et que le Nigeria deviendra l’un des pays les plus peuplés de la planète. Pour elle, les investisseurs qui ignorent aujourd’hui le continent passent à côté d’un potentiel historique.
Elle identifie notamment un secteur largement sous-estimé : l’économie informelle, portée en grande partie par des millions de femmes commerçantes qui alimentent quotidiennement les marchés africains. Selon elle, cet écosystème représente une opportunité économique de plus de 1 000 milliards de dollars encore insuffisamment exploitée.
Une reconnaissance mondiale
Le travail d’Adesuwa Okunbo Rhodes n’est pas passé inaperçu. Au fil des années, elle a accumulé les distinctions internationales : En 2020, elle figure parmi les 35 femmes qui font avancer l’Afrique ; En 2021, elle intègre la liste des 100 leaders mondiaux alliant performance économique et impact sociétal établie par Meaningful Business ; En 2022, elle est classée parmi les 100 leaders africains de moins de 40 ans par l’Institut Choiseul ; La même année, BusinessDay la désigne parmi les 50 femmes les plus inspirantes du Nigeria.
Plus récemment, elle a franchi une nouvelle étape en rejoignant le prestigieux cercle des Young Global Leaders (YGL) du Forum économique mondial.
Dans un message empreint d’émotion publiée sur LinkedIn, elle a rappelé qu’elle avait été recalée lors de sa première candidature en 2020, quelques mois seulement après le lancement d’Aruwa Capital. Cette distinction, explique-t-elle, n’est pas une finalité mais la confirmation que sa vision et son travail portent leurs fruits.
Une bâtisseuse de l’Afrique de demain
Entrepreneure, gestionnaire de fonds, mère de famille et militante de l’inclusion économique, Adesuwa Okunbo Rhodes incarne une nouvelle génération de leaders africains qui refusent de choisir entre rentabilité et impact. Son parcours démontre qu’il est possible de transformer des idées ambitieuses en institutions durables, même lorsqu’on évolue dans un environnement où les barrières semblent insurmontables.
À travers Aruwa Capital Management, elle ne finance pas seulement des entreprises : elle contribue à redessiner les contours d’un capitalisme africain plus inclusif, où les femmes, les petites entreprises et les acteurs souvent ignorés de l’économie trouvent enfin leur place.
Son histoire est celle d’une femme qui a refusé les limites qu’on voulait lui imposer et qui, à force de persévérance, est devenue l’une des voix les plus influentes de la finance africaine du XXIᵉ siècle.
Danielle N.



