Sadio Mané et SM10 Agro : quand une star du football mise sur la mangue de son village

Le 19 septembre 2026, Sadio Mané a posé à Bambali, son village natal de Casamance, la première pierre de SM10 Agro, un parc agro-industriel dédié à la mangue. 11,7 milliards de francs CFA, 500 hectares de plantations et plus de 1 000 emplois directs à terme : après le lycée, l’hôpital et le stade, l’international sénégalais passe de la philanthropie à l’investissement productif.
Un parc agro-industriel au cœur de la Casamance
Selon l’APS, dont le compte rendu a été repris par AllAfrica le 19 septembre 2026, le projet, porté par SM10 Agro, filiale de SM10 Sénégal, a été lancé en présence du ministre de l’Industrie et du Commerce, Serigne Guèye Diop, et du président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko. Selon Le Soleil, Sadio Mané a été reçu le lendemain par le président Bassirou Diomaye Faye pour évoquer le projet.
Selon le détail du projet publié par AllAfrica le 16 septembre 2026, l’investissement de 11,7 milliards de francs CFA se répartit entre 8,7 milliards pour l’usine et 3 milliards pour la plantation. Le site comprend :
- une plantation progressive de 500 hectares de manguiers de variété Kent, soit environ 78 000 arbres ;
- une station de traitement d’une capacité de 8 500 tonnes de mangues par an ;
- trois unités de transformation, pour la pulpe, la mangue séchée et le beurre de mangue, extrait des noyaux pour la cosmétique ;
- un centre de formation destiné aux jeunes et aux femmes, un centre de recherche et de développement et des logements pour les travailleurs.
Selon APA News, le démarrage de l’activité industrielle est prévu pour mars 2027. La production vise le marché local, mais aussi les marchés africains, européens et du Moyen-Orient.
Pourquoi la mangue
La région de Sédhiou produit beaucoup de mangues, mais en perd une grande partie. Lors de la cérémonie de lancement, Sadio Mané a déclaré que 30 à 40 % des récoltes sont perdues faute de capacités de stockage et de transformation, les fruits mûrissant tous en même temps (source : Le Soleil).
Transformer sur place change l’équation. La pulpe, la mangue séchée et le beurre de mangue se conservent, se transportent et se vendent plus cher que le fruit frais, et la valeur ajoutée reste dans la région au lieu de partir avec des fruits bruts. Selon l’APS, le ministre de l’Industrie a salué cette logique lors du lancement, y voyant une réponse concrète aux attentes de la filière.
De la philanthropie à l’investissement
Sadio Mané n’en est pas à son premier engagement à Bambali. Selon Burkina 24, il y a déjà financé un lycée, un hôpital et un stade doté d’une pelouse synthétique. Ces infrastructures répondent à des besoins essentiels, mais elles ne génèrent pas, à elles seules, de revenus durables.
SM10 Agro marque un changement de nature. Il ne s’agit plus de donner, mais d’investir dans une activité capable de générer des emplois et de la valeur à long terme. Lors de la cérémonie de pose de la première pierre, Sadio Mané a déclaré : « Avant le stade, les lumières et la victoire : il y avait Bambali » (source : APA News).
Ce virage s’inscrit dans une tendance plus large. Selon Le Soleil, de plus en plus de footballeurs africains, à l’image de Didier Drogba, prolongent leur carrière en investissant dans leur pays d’origine. Sadio Mané est par ailleurs déjà propriétaire du club français Bourges Foot 18.
Les défis à relever
L’enthousiasme autour du lancement ne doit pas masquer l’ampleur du chantier. Le premier défi est l’exécution : construire trois unités industrielles et planter 500 hectares dans les délais annoncés requiert une gestion de projet rigoureuse. Un manguier Kent met par ailleurs plusieurs années à atteindre sa pleine production ; les usines devront donc s’approvisionner auprès des producteurs de la région en attendant.
Le deuxième défi est logistique. Selon RFI, dont l’article a été repris par AllAfrica le 21 septembre 2026, Bambali se trouve dans l’une des zones les plus enclavées du Sénégal. Acheminer des produits transformés vers les ports et les marchés d’exportation nécessitera des routes et des chaînes logistiques fiables.
Le troisième défi est commercial. Les marchés européens et moyen-orientaux sont exigeants en matière de qualité, de traçabilité et de certification. Si SM10 Agro parvient à les conquérir, le projet pourrait servir de modèle pour la transformation agricole en Casamance, et montrer comment la notoriété d’un sportif peut devenir un levier de développement territorial.



