Les marques marocaines qui s’imposent en Afrique

Banques présentes dans une vingtaine de pays, opérateur télécom dont l’Afrique génère désormais plus de la moitié du chiffre d’affaires, compagnie aérienne qui relie Casablanca à 29 villes du continent : en deux décennies, les grandes marques marocaines se sont imposées au sud du Sahara. Tour d’horizon des champions d’une stratégie qui a fait du Maroc l’un des premiers investisseurs africains sur le continent.
Une stratégie d’État autant que d’entreprises
L’expansion des groupes marocains en Afrique n’est pas le fruit du hasard. Elle accompagne depuis les années 2000 une diplomatie économique tournée vers le sud, renforcée par le retour du Maroc au sein de l’Union africaine en 2017. Le discours officiel parle de coopération Sud-Sud et de co-développement.
Pour les entreprises, l’Afrique répond aussi à une nécessité : leur marché domestique arrive à maturité. Selon la cartographie publiée par TelQuel le 2 décembre 2022, les banques et l’opérateur télécom historique ont ainsi trouvé au sud du Sahara des relais de croissance que le Maroc ne leur offrait plus. Leur méthode privilégiée : racheter des filiales cédées par des groupes européens, puis les réunir sous une marque commune.
Les marques qui s’imposent
La banque, fer de lance de l’expansion
Trois groupes portent l’essentiel de la présence marocaine : Attijariwafa bank, la Banque centrale populaire (BCP) et Bank of Africa. Selon Finances News Hebdo, qui a fait le point en juillet 2026, ils opèrent ensemble à travers 45 filiales et 4 succursales dans 27 pays africains, de l’Afrique de l’Ouest à l’Afrique australe.
Attijariwafa bank a bâti son réseau en rachetant notamment les filiales africaines du Crédit Agricole, selon Aujourd’hui le Maroc. Selon Le360, elle est présente en Afrique du Nord, en zone UEMOA et en zone CEMAC, du Sénégal à l’Égypte en passant par le Cameroun et le Tchad, et compte plus de 2 000 agences sur le continent hors Maroc.
La BCP s’est imposée en prenant le contrôle de Banque Atlantique en 2012, puis en reprenant fin 2019 des filiales du groupe français BPCE. Selon Finances News Hebdo, elle est aujourd’hui présente dans 18 pays africains.
Bank of Africa, l’ex-BMCE présidée par Othman Benjelloun, a fait de l’Afrique une question d’identité jusque dans son nom. Le tournant date de 2007, avec l’acquisition du groupe Bank of Africa, né au Mali. Selon Finances News Hebdo, la banque revendique une présence dans une vingtaine de pays couvrant les cinq régions du continent.
Moov Africa, le télécom devenu africain
Maroc Telecom a regroupé ses filiales subsahariennes sous la marque Moov Africa, présente notamment en Côte d’Ivoire, au Bénin, au Togo, au Niger, au Tchad et en Centrafrique. Selon Afrimag, qui a rapporté les résultats semestriels du groupe, ses activités internationales ont généré au premier semestre 2026 10,15 milliards de dirhams de chiffre d’affaires, en hausse de 7,5 %, soit plus de la moitié des revenus du groupe. Elles progressent trois fois plus vite que le marché marocain, portées par la data mobile et le mobile money.
OCP Africa, les engrais au service de la sécurité alimentaire
Selon Jeune Afrique, le géant des phosphates a créé en 2016 OCP Africa pour conquérir le marché africain des engrais, et son usine de Jorf Lasfar réserve une capacité d’un million de tonnes par an au continent. Le groupe s’est déployé dans 18 pays africains, avec un positionnement qui mêle fertilisants adaptés aux sols locaux et accompagnement des agriculteurs.
Royal Air Maroc, le hub de Casablanca
Royal Air Maroc a fait de Casablanca une plaque tournante entre l’Afrique, l’Europe et les Amériques. Selon Ça Presse, la compagnie propose pour l’été 2026 1,8 million de sièges vers l’Afrique, en hausse de 36 %, avec 29 destinations africaines. Selon Aviation Week et Bladi, elle a ouvert une ligne vers Pointe-Noire en avril 2026 et augmenté ses fréquences vers Abuja, Accra, Lagos ou Ouagadougou.
Les champions plus discrets
D’autres marques s’imposent dans l’ombre. Selon la cartographie de TelQuel, le spécialiste des paiements HPS réalise une large part de son chiffre d’affaires en Afrique, et les cimenteries, l’immobilier et l’industrie pharmaceutique marocaine exportent aussi leur savoir-faire vers l’Afrique de l’Ouest et du Centre.
Les champions en un coup d’œil
| Groupe | Secteur | Présence africaine | Repère clé |
|---|---|---|---|
| Attijariwafa bank | Banque | Afrique du Nord, UEMOA, CEMAC | Plus de 2 000 agences sur le continent hors Maroc |
| BCP | Banque | 18 pays africains | Contrôle de Banque Atlantique depuis 2012 |
| Bank of Africa | Banque | Une vingtaine de pays | Rachat du groupe Bank of Africa en 2007 |
| Maroc Telecom (Moov Africa) | Télécoms | Afrique de l’Ouest et centrale | Plus de la moitié du chiffre d’affaires au premier semestre 2026 |
| OCP Africa | Engrais | 18 pays africains | 1 million de tonnes par an réservées au continent |
| Royal Air Maroc | Transport aérien | 29 destinations africaines | 1,8 million de sièges vers l’Afrique à l’été 2026 |
Les limites et les nouveaux défis
Le modèle marocain a ses angles morts. Sa présence reste très concentrée en Afrique de l’Ouest et centrale francophone, où la langue et la monnaie commune facilitent l’implantation. Les marchés anglophones, comme le Nigeria, l’Afrique de l’Est ou l’Afrique australe, restent plus difficiles à conquérir, malgré les ambitions affichées depuis des années par les banques.
La concurrence se durcit aussi. Les groupes ivoiriens, nigérians et sud-africains montent en puissance, et les fintech grignotent le terrain des banques et des opérateurs dans le paiement mobile. Certains observateurs, comme les auteurs d’une analyse publiée par Pambazuka, critiquent par ailleurs la proximité de plusieurs de ces groupes avec le pouvoir et le poids d’intérêts liés au palais dans cette expansion.
Enfin, l’enjeu évolue. Après la conquête, il s’agit de prouver que ces groupes créent de la valeur durable dans leurs pays d’accueil : emplois, transfert de compétences, financement des PME locales. C’est à cette condition que la « coopération Sud-Sud » restera un atout, et non une simple formule.



