
Moins d’applications grand public, davantage d’infrastructures. Alors que le capital-risque reste sélectif sur le continent, une nouvelle génération de startups africaines s’attaque aux fondations de l’économie : paiements, santé, mobilité, ressources humaines et même défense. Voici les quinze noms qui pourraient redessiner la tech africaine d’ici 2027.
Un marché stable, mais plus exigeant
Selon TechCabal, dont les chiffres ont été repris par Africa.com, les startups africaines ont levé environ 2,1 milliards de dollars sur 275 opérations entre janvier et août 2026. C’est à peine plus qu’à la même période en 2025, soit une hausse de 1,4 %.
Derrière cette stabilité, l’argent se concentre. Selon le bilan sur huit mois de TechCabal Insights, quelques méga-tours captent l’essentiel des montants, tandis que les jeunes pousses se tournent de plus en plus vers les subventions, les bourses et les petits tickets Web3 plutôt que vers le capital-risque classique.
La sélection de The Africa Business Index croise les palmarès 2026 de Bloomberg et du Financial Times avec les levées de fonds de l’année. Elle mêle des scale-ups déjà installées et des entreprises plus jeunes, avec une attention particulière à l’Afrique francophone. Le classement est un choix éditorial, pas un palmarès officiel.
Les poids lourds en pleine accélération
1. Moove (Nigeria) — mobilité
Selon AU-Startups, qui a compilé les levées d’août 2026, Moove a signé la plus grosse levée de l’année : 250 millions de dollars en Série C, menée par le fonds émirien Mubadala. Ce seul tour a représenté plus de 57 % des fonds levés par les startups africaines ce mois-là. La société finance l’accès aux véhicules pour les chauffeurs de VTC.
2. Spiro (panafricain) — motos électriques
Selon Condia, qui a publié son bilan du premier semestre 2026, Spiro a bouclé deux tours de 215 et 55 millions de dollars au deuxième trimestre. Son modèle repose sur des motos électriques et un réseau d’échange de batteries. Analyse de la rédaction : c’est l’un des acteurs centraux de l’électrification du transport sur le continent.
3. Terra Industries (Nigeria) — défense
Fondée en 2024 par Nathan Nwachuku et Maxwell Maduka, Terra Industries conçoit des drones de moyenne portée et des technologies de défense face aux menaces dans le Sahel. Selon Daba Finance, elle a porté son tour d’amorçage à 52 millions de dollars en 2026. Selon Pulse 2.0, cette extension accompagne la construction d’une usine de drones et une expansion internationale.
4. Yellow Card (panafricain) — stablecoins
Selon AU-Startups, Yellow Card a levé 40 millions de dollars en août 2026. Analyse de la rédaction : cette opération confirme l’appétit des investisseurs pour les paiements en crypto-dollars, sur un continent où l’accès aux devises reste un casse-tête pour les entreprises.
Les bâtisseurs de l’infrastructure de paiement
5. PawaPay (panafricain)
Lancée en 2020 et dirigée par Nikolai Barnwell, PawaPay aide les entreprises à naviguer dans des réseaux de mobile money fragmentés. Selon Kenyan Wall Street, qui a rapporté l’information le 12 octobre 2024, la société avait alors dépassé le milliard de transactions dans 18 pays africains, après une levée d’amorçage de 9 millions de dollars en 2021.
6. HUB2 (Côte d’Ivoire)
HUB2 relie mobile money, comptes bancaires, cartes et portefeuilles numériques au sein d’une même infrastructure, proposée en marque blanche aux fintechs. Selon CFNews, qui a rapporté l’information le 4 décembre 2024, l’entreprise avait levé près de 1,5 million d’euros en 2019 et 2021 auprès d’Apicap et d’ENL Corporate Ventures, et préparait un tour de 7 millions d’euros ouvert à des investisseurs africains. Concentrée sur la zone franc CFA, c’est l’un des noms clés de l’Afrique de l’Ouest francophone.
7. Gozem (Togo et Bénin) — super-app
Née en Afrique de l’Ouest francophone, Gozem combine transport, livraison et services financiers. Selon les données compilées par AU-Startups, elle a obtenu en avril 2026 24,5 millions de dollars de dette auprès de la Société financière internationale (IFC), en plus d’une autre ligne de 15,2 millions le même mois.
Outils pour les entreprises et intelligence artificielle
8. WorkPay (Kenya) — ressources humaines
WorkPay a démarré en 2019 comme simple logiciel de paie. Selon une sélection des startups kenyanes à suivre en 2026, elle est devenue une plateforme de RH, de conformité et de services financiers présente dans plus de 30 pays africains, et a levé plus de 10 millions de dollars auprès de Visa, Norrsken22 et Y Combinator.
9. Jem (Afrique du Sud) — ressources humaines
Jem passe par WhatsApp pour donner aux salariés accès à leurs fiches de paie, à leurs documents et à des prélèvements sur salaire. Selon les données d’AU-Startups, elle sert environ 200 000 travailleurs dans 200 entreprises, dont des franchisés McDonald’s, et a levé en août 2026 8,4 millions de dollars en Série A menée par Quona Capital.
10. Omnisient (Afrique du Sud) — scoring de crédit
Omnisient utilise l’IA et des données alternatives issues de la distribution et des télécoms pour évaluer la solvabilité des personnes exclues du système bancaire. Elle compte TransUnion et Shoprite parmi ses soutiens. Selon le palmarès Bloomberg 2026, résumé par Condia, elle figure parmi les startups africaines à surveiller, et elle apparaît aussi dans le classement du Financial Times.
11. WideBot (Égypte) — IA conversationnelle
WideBot développe une IA conversationnelle conçue d’abord pour l’arabe et ses dialectes, là où les grands modèles restent souvent faibles. Selon Egypt Innovate, elle figure parmi les 25 startups africaines à surveiller en 2026 retenues par Bloomberg. Selon Daba Finance, elle a levé 3 millions de dollars pour construire un grand modèle de langue arabe.
Santé, assurance et immobilier
12. Remedial Health (Nigeria) — santé
Fondée en 2021, Remedial Health aide les pharmacies à gérer leurs stocks, à vérifier leurs fournisseurs et à se financer. Soutenue par Tencent, elle figure, comme Omnisient, dans le palmarès Bloomberg 2026 (résumé par Condia) et dans celui du Financial Times.
13. Waspito (Cameroun) — télémédecine
Fondée par Jean Lobe Lobe, Waspito permet de consulter un médecin en ligne, immédiatement et sans rendez-vous. Selon Business in Cameroon, la startup a levé 1,5 milliard FCFA pour étendre sa présence. La plateforme cible les populations mal desservies d’Afrique francophone, où la densité de médecins reste très faible.
14. Turaco (Kenya) — assurance
Turaco se positionne comme une infrastructure d’assurance à l’échelle du continent plutôt que comme un simple pari insurtech. Selon une sélection des startups kenyanes à suivre en 2026, les observateurs de l’écosystème kenyan anticipent une Série B. Analyse de la rédaction : elle pourrait être la première à rendre l’assurance de masse rentable en Afrique.
15. Yakeey (Maroc) — immobilier
Selon les données d’AU-Startups, la proptech marocaine a levé 15 millions de dollars en Série A en janvier 2026, portant son financement total à 37 millions. Analyse de la rédaction : c’est l’un des noms les plus suivis du Maghreb.
Ce qu’il faudra surveiller d’ici 2027
La tech africaine se construit désormais sur l’infrastructure. Selon TechCabal, qui a analysé la liste Bloomberg 2026 le 29 mai 2026, la fintech pèse 36 % des entreprises retenues, mais il s’agit surtout de « tuyaux » pour les entreprises, pas d’applications grand public.
Le capital devient aussi plus africain. Toujours selon TechCabal, près de la moitié des fonds levés par les entreprises de cette liste provenait d’investisseurs du continent, et au-delà du Nigeria, du Kenya et de l’Afrique du Sud, dix autres pays y figurent, du Tchad à Madagascar.
Pour 2027, trois questions décideront du sort de cette sélection. Les méga-tours de Moove et Spiro se traduiront-ils en rentabilité ? Les infrastructures de paiement comme PawaPay et HUB2 deviendront-elles les cibles d’acquisitions ? Et la vague de financement par la dette tiendra-t-elle si les taux restent élevés ?



