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Vista Bank lance sa filiale française, dirigée par Serge Raymond

Crédit Photo : horonyafinance

Le groupe bancaire panafricain fondé par Simon Tiemtoré franchit pour la première fois les frontières du continent. Vista Bank France, dirigée par Serge Raymond, a démarré ses activités à Paris avec un capital autorisé de 50 millions d’euros, soit environ 32,8 milliards de FCFA. Sa mission est de faire de la capitale française la porte d’entrée internationale des banques africaines du groupe, en attendant une éventuelle ouverture vers l’Asie.

Un lancement annoncé depuis Bangkok

Selon l’Agence Ecofin, qui a rapporté l’information le 18 octobre 2026, le lancement officiel de Vista Bank France a été présenté à Bangkok, en marge des Assemblées annuelles du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, qui se tiennent cette année en Thaïlande. Deux jours plus tôt, le 16 octobre, Vista Group Holding avait donné le ton sur les réseaux sociaux : « C’est officiel : Vista Bank France est lancée ! »

Le choix du décor n’est pas anodin. Les Assemblées annuelles réunissent chaque automne ministres des Finances, gouverneurs de banques centrales et dirigeants des grandes institutions financières. Pour un groupe qui veut se poser en passerelle entre l’Afrique et les marchés mondiaux, c’est la vitrine idéale.

L’établissement parisien est le premier du groupe hors du continent africain. C’est aussi sa première banque créée de toutes pièces, alors que son réseau africain s’est construit par rachats. Le projet ne date pas d’hier. Le groupe a annoncé, dans un communiqué publié le 17 janvier 2025, avoir obtenu l’agrément de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), le régulateur bancaire français. Le démarrage était alors prévu pour le second semestre 2025. Il aura donc fallu un peu plus de temps que prévu pour passer de l’autorisation à l’ouverture effective.

Ce que fera la filiale

D’après les éléments communiqués par le groupe, Vista Bank France interviendra sur :

  • la banque correspondante, c’est-à-dire le traitement des opérations internationales pour le compte des banques africaines du groupe ;
  • le financement du commerce international ;
  • la banque d’entreprise ;
  • l’affacturage ;
  • les opérations de change et de trésorerie ;
  • le conseil.

Selon Fraternité Matin, Simon Tiemtoré, président du groupe, a déclaré que « Vista Bank France représente bien plus qu’une nouvelle implantation bancaire ».

Serge Raymond aux commandes

C’est à Serge Raymond que le groupe a confié la direction de la filiale française, selon l’Agence Ecofin. Les annonces publiques du groupe ne détaillent pas, à ce stade, son parcours ni l’organigramme complet de l’établissement parisien.

Sa mission, elle, est claire : faire tourner un établissement qui doit servir de hub à l’ensemble du réseau. Il devra prouver aux régulateurs européens la solidité du dispositif de conformité, notamment en matière de lutte contre le blanchiment. Il devra aussi convaincre les grandes banques internationales de traiter avec une banque d’origine africaine installée à Paris. Enfin, il lui faudra générer rapidement assez de volume pour justifier un capital de 50 millions d’euros.

Le dirigeant s’inscrit dans une équipe resserrée autour de Simon Tiemtoré, financier né au Burkina Faso, fondateur et actionnaire de contrôle de Vista Group. C’est lui qui porte, depuis le départ, la stratégie d’expansion du groupe.

Pourquoi Paris : réduire la dépendance aux banques tierces

La logique de l’opération tient en une phrase de Simon Tiemtoré, rapportée par l’Agence Ecofin : « Notre banque en Europe nous donne les moyens de pouvoir faire la banque correspondante. »

Jusqu’ici, les transactions transfrontalières des clients africains de Vista passaient souvent par des banques tierces. Pour une banque africaine de taille moyenne, chaque paiement international, chaque lettre de crédit ou chaque opération de change en euros ou en dollars dépend d’un correspondant étranger. Cela ajoute des délais et des commissions. Depuis une dizaine d’années, le problème s’est aggravé : sous la pression des règles de conformité, de nombreuses grandes banques occidentales ont réduit leurs relations de correspondance avec l’Afrique, un mouvement connu sous le nom de « de-risking ».

Avec sa propre banque agréée dans la zone euro, Vista internalise une partie de cette chaîne. Les gains attendus sont des opérations plus rapides, des marges conservées au sein du groupe et une meilleure maîtrise de la relation avec les entreprises clientes.

Trois atouts français

Pour un réseau implanté en grande partie en Afrique francophone, Paris présente trois avantages :

  • la zone euro, à laquelle le franc CFA est arrimé par une parité fixe, ce qui fluidifie les flux entre l’UEMOA, la CEMAC et l’Europe ;
  • le passeport européen, qui permet en principe à une banque agréée en France de proposer certains services dans les autres pays de l’Union européenne ;
  • la diaspora et les corridors commerciaux, puisque la France reste l’un des premiers partenaires commerciaux et financiers de nombreux pays francophones du continent.

C’est d’ailleurs l’argument mis en avant par le groupe dès janvier 2025 : selon son communiqué, l’implantation française doit « grandement bénéficier aux entreprises africaines » et constituer le début de sa « passerelle mondiale ».

Cette stratégie complète les levées de fonds menées par le groupe sur le continent, comme les 20 millions d’euros mobilisés auprès de la BADEA pour les PME guinéennes.

Un groupe bâti par acquisitions, qui regarde désormais vers l’Asie

Vista Group s’est construit en quelques années à coups de rachats. Le point de départ remonte à 2016, avec la reprise en Gambie de la First International Bank, renommée Vista Bank. Ont suivi :

  • 2020 : la reprise des participations de BNP Paribas dans la BICIGUI en Guinée (devenue Vista Guinée) et dans la BICIAB au Burkina Faso ;
  • 2023-2024 : l’accord avec Société Générale pour ses filiales du Burkina Faso et du Mozambique ;
  • 2026 : l’acquisition de la Banque Agricole et Commerciale du Tchad.

Le groupe est aujourd’hui présent notamment au Burkina Faso, en Guinée, en Gambie, en Sierra Leone, au Mozambique et au Tchad. Tout n’a pas abouti : le rachat d’une participation majoritaire dans Oragroup, au Togo, n’a pas obtenu le feu vert réglementaire et a été abandonné.

Les ambitions restent fortes. Selon l’Agence Ecofin, le groupe vise une implantation dans cinq pays africains supplémentaires d’ici à 2030. Il continuera de s’appuyer sur des acquisitions d’actifs bancaires.

L’Asie, prochaine étape ?

À Bangkok, Simon Tiemtoré a aussi ouvert une autre piste. « Nous examinons notamment les possibilités offertes par les marchés asiatiques », a-t-il déclaré, selon l’Agence Ecofin. Deux places sont citées : la Chine, premier partenaire commercial de l’Afrique, et Singapour, hub financier régional. Aucune filiale ni aucun calendrier n’ont toutefois été annoncés.

Les points à surveiller

  • La montée en charge de la filiale : les volumes de banque correspondante et de financement du commerce traités depuis Paris diront si le pari est gagné.
  • La conformité : une banque d’origine africaine dans la zone euro sera scrutée de près par l’ACPR et par ses contreparties. Tout manquement pèserait sur l’ensemble du groupe.
  • Le financement de l’expansion : enchaîner une création en Europe, des acquisitions en Afrique et une prospection en Asie suppose des fonds propres solides et une capacité d’intégration à la hauteur.
  • La concurrence : Vista n’est pas seule sur le créneau. D’autres groupes africains disposent déjà de filiales en Europe, à Paris comme à Londres, pour servir leurs réseaux.

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