Roger Tchoufa, le Camerounais qui bâtit l’immobilier hôtelier africain

Crédit photo : Melon infos
Fin janvier 2026, sur la plage de Laginha à Mindelo, le Premier ministre du Cap-Vert inaugurait le premier hôtel du groupe Marriott dans l’archipel : un Four Points by Sheraton de 127 chambres. Derrière ce projet, un investisseur camerounais installé aux États-Unis, Roger Tchoufa, PDG de Maseyka Holdings. Financement boursier local, garantie publique, marque internationale : son modèle montre comment un promoteur africain peut faire entrer l’hôtellerie du continent dans les standards mondiaux.
Le premier Marriott du Cap-Vert
Selon Forbes Africa Lusófona, qui a rapporté l’information le 29 janvier 2026, le Premier ministre cap-verdien Ulisses Correia e Silva a présidé l’inauguration institutionnelle du Four Points by Sheraton Mindelo, un hôtel cinq étoiles construit face à la plage de Laginha, sur l’île de São Vicente. L’investisseur est Maseyka Holdings Investments. Lors de la cérémonie, le Premier ministre a déclaré que le projet « résulte de la conjugaison de la vision de l’investisseur et de l’engagement du gouvernement, dans un véritable partenariat ».
L’hôtel a ensuite accueilli ses premiers clients au printemps. Selon Voyages Afriq, qui a relayé l’annonce de Marriott International le 30 mars 2026, il s’agit de l’entrée du groupe américain au Cap-Vert.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Hôtel | Four Points by Sheraton São Vicente Resort |
| Lieu | Plage de Laginha, Mindelo, île de São Vicente |
| Catégorie | Cinq étoiles |
| Chambres | 127 chambres et suites |
| Équipements | Piscine à débordement reliée à la plage par une passerelle, spa, centre de conférences, rooftop |
| Investisseur | Maseyka Holdings Investments |
| Opérateur de la marque | Marriott International |
Données du tableau : Forbes Africa Lusófona et Voyages Afriq.
Roger Tchoufa, un investisseur entre Bethesda et l’Afrique
Selon le site de Maseyka, Roger Tchoufa en est le PDG et président. La société se présente comme une holding « à la recherche d’investissements rentables dans l’immobilier, l’hôtellerie et le tourisme », active principalement aux États-Unis et en Afrique, avec un bureau à Bethesda, dans le Maryland. Elle met en avant des hôtels sous enseignes internationales et des hôtels-boutiques.
Son parcours africain n’a pas toujours été linéaire. Selon une décision de la cour d’appel fédérale du district de Columbia rendue le 6 août 2010, Roger Tchoufa représentait au Cameroun la société américaine MBI Group dans un projet de logements sociaux conclu avec le Crédit foncier du Cameroun. Après l’échec du projet, MBI a poursuivi l’organisme et l’État camerounais aux États-Unis, affirmant que le projet avait été sabordé après le refus de verser des pots-de-vin ; la partie camerounaise soutenait au contraire que le projet servait des intérêts privés. La justice américaine a estimé que l’affaire relevait des tribunaux camerounais. La même décision mentionne une condamnation par défaut prononcée au Cameroun contre Roger Tchoufa, que ses avocats qualifiaient d’infondée, et sur laquelle la cour ne s’est pas prononcée.
C’est finalement au Cap-Vert, un pays réputé pour sa stabilité, que son projet hôtelier phare a vu le jour.
Un modèle : capitaux locaux, garantie publique, marque mondiale
Le projet de Mindelo repose sur un montage qui mérite l’attention. Selon Observador, qui a rapporté l’information le 17 février 2021, Maseyka avait signé avec l’État cap-verdien une convention pour un investissement de 61,9 millions d’euros portant sur deux hôtels à São Vicente : un Four Points by Sheraton à Laginha et un Le Méridien, soit 300 chambres et 500 emplois attendus au total.
Le financement s’est en partie fait sur place. Selon Forbes Africa Lusófona, qui a rapporté l’information le 28 juin 2024, Maseyka a levé 12 millions d’euros par un emprunt obligataire ouvert au public sur la Bourse de valeurs du Cap-Vert (BVC). Miguel Monteiro, président du conseil d’administration de la BVC, a alors déclaré que la garantie apportée par le fonds souverain de garantie de l’investissement privé (FSGIP) avait été « essentielle au succès de cette opération ».
L’État a de nouveau soutenu le projet après le passage de la tempête Erin en août 2025. Selon Forbes Africa Lusófona, le gouvernement a approuvé en novembre une garantie publique couvrant un prêt bancaire destiné à réparer les dégâts.
Trois éléments se dégagent de ce modèle :
- une marque internationale, Marriott, qui apporte la clientèle, les standards de service et la visibilité mondiale ;
- une épargne locale mobilisée, grâce à la Bourse du Cap-Vert, qui associe les investisseurs nationaux au projet ;
- un partenariat avec l’État, dont les garanties réduisent le risque pour les prêteurs.
L’hôtellerie africaine, un marché à construire
L’Afrique manque encore d’hôtels aux standards internationaux en dehors de quelques grandes capitales et destinations balnéaires. Pour les grands groupes comme Marriott, Hilton ou Accor, le modèle dominant est celui de la franchise ou du contrat de gestion : ils apportent la marque et le savoir-faire, mais ce sont des investisseurs propriétaires qui financent et construisent les bâtiments. Des promoteurs comme Roger Tchoufa occupent donc une place clé, souvent peu visible, dans l’expansion du secteur.
Le projet de Mindelo illustre aussi les risques du métier : des délais qui s’allongent, puisque l’ouverture était initialement prévue pour juillet 2022 selon Observador, des aléas climatiques comme la tempête Erin, et la nécessité de mobiliser plusieurs sources de financement.
Plusieurs points restent à suivre : le taux d’occupation de l’hôtel dans un marché encore dominé par l’île de Sal et Boa Vista, l’avenir du second établissement prévu à São Vicente, et la capacité de Maseyka à reproduire ce modèle dans d’autres pays du continent. Le Premier ministre a par ailleurs annoncé lors de l’inauguration un programme de 118 millions d’euros pour l’agrandissement de l’aéroport et la modernisation des infrastructures, selon Forbes Africa Lusófona, un élément décisif pour remplir les chambres.



