La BDEAC réussit sa première émission obligataire internationale

Après des années de financement sur le marché régional, la Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC) franchit un cap : elle a réalisé sa première émission obligataire internationale, levant 222 millions de dollars sur trois ans avec le soutien de l’Africa Finance Corporation. Une opération qui diversifie ses ressources et doit accélérer le financement des infrastructures et des secteurs productifs de la CEMAC.
L’opération
La BDEAC a annoncé, dans une communication relayée sur LinkedIn en octobre 2026, avoir levé 222 millions de dollars sur une maturité de trois ans. C’est sa première incursion sur les marchés internationaux de capitaux, alors qu’elle se finançait jusqu’ici auprès des investisseurs régionaux et de partenaires bilatéraux et multilatéraux, selon l’Agence Ecofin.
Selon la BDEAC, l’opération a bénéficié du soutien de l’Africa Finance Corporation (AFC), l’institution panafricaine de financement du développement spécialisée dans les infrastructures. Pour un primo-émetteur, un tel appui constitue un signal fort adressé aux investisseurs internationaux.
Le format retenu, une maturité courte de trois ans, est classique pour un émetteur qui découvre les marchés internationaux. Selon Financial Nigeria, la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA) avait elle aussi fait ses débuts en 2024 avec une obligation à trois ans.
Les détails sur le coupon, le rendement et la composition des investisseurs n’étaient pas disponibles dans les sources consultées.
La BDEAC, banque de développement de la CEMAC
Selon l’Agence Ecofin, la BDEAC, fondée en 1975 et basée à Brazzaville, finance des projets de développement et d’intégration régionale dans les six pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale : Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée équatoriale et Tchad. Elle est dirigée par le banquier camerounais Dieudonné Evou Mekou.
Cette émission est l’aboutissement d’une préparation méthodique, retracée par Business in Cameroon, Financial Afrik et Capmad :
| Date | Étape |
|---|---|
| Depuis 2020 | Six émissions obligataires cotées à la Bourse régionale (BVMAC), dont elle devient le premier émetteur |
| Novembre 2025 | Première notation en devises : Ba3, perspective stable, chez Moody’s |
| Juin 2026 | Feu vert du conseil d’administration pour accéder aux marchés internationaux et ligne de crédit de 30 millions d’euros de la BADEA |
| 2026 | Première émission obligataire internationale de 222 millions de dollars |
Selon Capmad, la banque affiche aussi des résultats en progression : son bénéfice net a atteint 5,2 milliards de francs CFA en 2025, en hausse de 48,6 % sur un an.
Pourquoi c’est important pour la CEMAC
L’Afrique centrale a d’immenses besoins en infrastructures, mais un marché financier régional encore étroit. En accédant aux investisseurs internationaux, la BDEAC élargit sa base de financement et peut prêter davantage, sur des montants et des durées plus importants.
Selon Capmad, cette opération sert directement le plan stratégique Azobé 2023-2027 de la banque, qui vise à mobiliser environ 1 700 milliards de francs CFA pour des projets d’infrastructures, d’énergie, de transport et d’agro-industrie dans la région. Le plan fait explicitement de la diversification des financements et de l’accès aux marchés de capitaux un objectif.
Elle envoie aussi un signal plus large. Dans une zone où plusieurs États empruntent à des taux très élevés, comme le Congo, qui a dû offrir plus de 11 % sur le marché régional selon EcoMatin, une institution multilatérale mieux notée que plusieurs États de la zone peut lever des fonds à de meilleures conditions et les réorienter vers des projets productifs. La coopération entre institutions financières africaines, comme ici avec l’AFC, devient un levier pour réduire la dépendance aux financements les plus coûteux.
Ce qu’il faut surveiller
Points d’attention identifiés par la rédaction.
Le coût du financement. Le rendement obtenu, une fois publié, dira si la BDEAC emprunte à des conditions plus favorables que sur le marché régional.
Le risque de change. Une dette en dollars expose une banque dont les prêts sont largement libellés en francs CFA, arrimés à l’euro, à des écarts de change qu’il faudra couvrir.
L’usage des fonds. L’impact se mesurera aux projets réellement financés dans les six pays, et à leur rythme de décaissement.
La suite. Une première émission réussie ouvre la voie à des opérations plus importantes ou plus longues, à condition que la BDEAC maintienne sa notation et sa rentabilité.



