Portrait : Seydi Ba, la voix des victimes dans un système qui broie

Crédit photo-Seydi Ba-LinkedIn
À 31 ans, Seydi Ba incarne une nouvelle génération d’avocats français : jeunes, déterminés et profondément engagés pour une justice équitable. Né le 4 janvier 1995 à Amilly (Loiret) et élevé à Montargis, il se distingue dès ses études par un talent d’éloquence reconnu, décrochant en 2017 le prestigieux concours de la Conférence des avocats du barreau de Paris. Depuis, il a tracé un parcours remarquable, mêlant excellence juridique, engagement citoyen et combats pour les plus vulnérables.
Une vocation née de l’injustice
Pour Seydi Ba, devenir avocat n’était pas un simple choix de carrière, mais une vocation. « J’avais toujours eu une idée de la justice et surtout de l’injustice que j’aimais combattre », confie-t-il. Fils d’un père brillant diplômé en agronomie, mais confronté au racisme et à l’exclusion professionnelle, Seydi Ba a grandi avec la conviction qu’il fallait travailler dix fois plus pour obtenir deux fois moins. Cette détermination, mêlée à une conscience aiguë des inégalités, l’a poussé à embrasser le droit pénal et à défendre ceux que la société marginalise.
Une carrière tournée vers l’action et les causes sensibles
Après un stage au cabinet August Debouzy, Seydi Ba s’associe avec l’avocat pénaliste Théodore Jean-Baptiste pour créer leur propre cabinet à Paris, spécialisé en droit pénal et en droit des affaires. Là, il prend en charge des dossiers emblématiques et sensibles : terrorisme, grand banditisme, trafic de stupéfiants, et affaires de traite d’êtres humains, comme le procès French Bukkake où il accompagne l’une des victimes. Ces affaires, souvent médiatiques, révèlent son courage et sa capacité à plaider pour ceux que la justice peine à protéger.
En 2023, il devient deuxième secrétaire de la Conférence des avocats du barreau de Paris, aux côtés de onze jeunes confrères, missionnés pour accompagner les justiciables les plus démunis. Son engagement ne s’arrête pas aux tribunaux : depuis 2020, il a été conseiller municipal délégué à Orly, travaillant à l’égalité des chances et militant contre le racisme.

La robe comme seconde peau
Son premier ouvrage, “Comme on traverse un feu, ce que la robe exige“, est un témoignage puissant et intime. Seydi Ba y raconte une justice qui broie les vies, la persistance du racisme ordinaire, les humiliations en prison et la dureté du système judiciaire. Pour lui, la robe n’est pas un costume que l’on enfile et retire à volonté : « C’est une seconde peau, lourde des humiliations subies, des injustices observées et des combats. » Dans son écriture, il mêle la chair et la loi, la colère et la poésie, offrant aux lecteurs une immersion rare au cœur du système judiciaire français.
Une vision pour l’avenir et l’Afrique
Malgré son succès en France, Seydi Ba ne se limite pas au barreau parisien. Il nourrit l’ambition de pratiquer également en Afrique francophone, notamment au Sénégal et en Côte d’Ivoire, où il souhaite tisser des liens avec ses confrères et contribuer au développement de systèmes judiciaires plus équitables.
Une inspiration pour la justice de demain
Seydi Ba est l’exemple d’un avocat qui combine jeunesse, détermination et conscience sociale. Inspiré par Gisèle Halimi et Jacques Vergès, il croit en une justice qui transcende les barrières, qui protège les faibles et qui transforme la société. À travers sa pratique et ses écrits, il invite chacun à réfléchir : que devrait permettre la justice, et que sommes-nous prêts à défendre pour qu’elle existe réellement ?
Danielle N.



