Gabon : le fer fait son entrée dans les prévisions nationales de production, un nouveau cap pour la diversification économique

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Le Gabon prépare une nouvelle étape de sa stratégie de diversification économique. Pour la première fois, l’État a intégré une production de minerai de fer dans ses prévisions macroéconomiques officielles. Selon le projet de loi de finances (PLF) 2027, le pays table sur une production de 1,5 million de tonnes dès l’année prochaine, signalant l’émergence progressive d’un nouveau pilier minier aux côtés du pétrole et du manganèse.
Le fer apparaît dans les prévisions budgétaires de 2027
Adopté en Conseil des ministres le 17 septembre 2026, le projet de loi de finances 2027 est construit sur un budget équilibré de 6 223,1 milliards de FCFA. Parmi les hypothèses retenues figure une donnée inédite : une production prévisionnelle de 1,5 million de tonnes de minerai de fer dès 2027.
Selon les informations relayées par Gabon Media Time et Sika Finance, il s’agit de la première fois que le minerai de fer est explicitement intégré aux projections économiques nationales, traduisant la volonté des autorités de préparer l’entrée effective de cette ressource dans l’économie productive du pays.
Cette hypothèse constitue toutefois un indicateur de démarrage. Les autorités n’ont pas encore détaillé le calendrier opérationnel précis, les capacités d’évacuation du minerai ni les recettes fiscales attendues de cette nouvelle activité extractive.
Un potentiel minier stratégique pour le Gabon
Le Gabon possède plusieurs gisements de fer identifiés depuis plusieurs décennies, notamment celui de Belinga, dans la province de l’Ogooué-Ivindo, considéré parmi les plus importants d’Afrique centrale. Selon des données du ministère gabonais des Mines et diverses études géologiques, les réserves de Belinga sont estimées à plusieurs centaines de millions de tonnes de minerai à haute teneur en fer.
Longtemps retardée par les défis liés aux infrastructures ferroviaires, portuaires et énergétiques, l’exploitation industrielle du fer pourrait désormais contribuer à élargir la base productive du pays.
Cette orientation s’inscrit dans une stratégie plus large visant à réduire la forte dépendance de l’économie gabonaise aux hydrocarbures. D’après la Banque mondiale, le pétrole représente encore une part importante des exportations et des recettes publiques du pays, malgré les efforts engagés ces dernières années pour développer les secteurs minier, forestier et industriel.
Une dynamique de transformation locale en parallèle
L’annonce intervient quelques jours après l’inauguration des Aciéries du Gabon à Port-Gentil par le président Brice Clotaire Oligui Nguema.
Portée par le groupe FOBERD, appartenant à l’entrepreneur camerounais Fokou Bernard, cette unité industrielle est destinée à transformer localement les déchets et rebuts ferreux en matériaux de construction destinés au marché national.
Selon les promoteurs du projet, cette usine doit contribuer à réduire les importations d’acier tout en renforçant l’offre locale pour les secteurs du bâtiment et des infrastructures. L’initiative s’inscrit dans la politique gouvernementale de transformation locale des matières premières et de développement d’une industrie manufacturière plus compétitive.
Diversifier l’économie au-delà du pétrole et du manganèse
Premier producteur mondial de manganèse à haute teneur via la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), le Gabon cherche depuis plusieurs années à valoriser davantage son potentiel minier.
L’entrée du fer dans les prévisions nationales, combinée aux investissements industriels récents, illustre cette volonté de bâtir de nouvelles chaînes de valeur locales. À terme, l’exploitation du minerai de fer pourrait générer des emplois, stimuler les investissements dans les infrastructures logistiques et accroître les recettes d’exportation.
Pour les autorités, l’enjeu est également de renforcer la souveraineté économique du pays en développant davantage d’activités de transformation sur le territoire national plutôt que d’exporter exclusivement des matières premières brutes.
Des défis encore à relever
Si l’inscription de 1,5 million de tonnes dans les prévisions budgétaires constitue un signal fort, plusieurs inconnues demeurent. Les investisseurs et observateurs attendent notamment des précisions sur les projets miniers concernés, les infrastructures de transport associées, les modalités de financement ainsi que l’impact budgétaire attendu.
La réussite de cette nouvelle filière dépendra largement de la capacité du Gabon à développer les infrastructures nécessaires et à attirer les capitaux indispensables à l’exploitation industrielle des gisements.
Une chose est néanmoins acquise : avec l’arrivée annoncée du fer dans ses statistiques de production dès 2027, le Gabon franchit une étape symbolique dans sa stratégie de diversification économique.
Danielle N.



