Georgiana Viou : de Cotonou à l’étoile Michelin, les saveurs béninoises à la table du monde

Crédit photos : 20min.ch
Née à Cotonou, arrivée en France pour devenir interprète, Georgiana Viou est devenue en mars 2023 la première cheffe d’origine béninoise couronnée d’une étoile au Guide Michelin. Autodidacte, mère de trois enfants, elle a fait de l’huile de palme rouge, de l’afitin et du dja des ingrédients de la haute gastronomie. Aujourd’hui, elle met aussi son savoir-faire au service des produits et des équipes de Cotonou.
Zongo, une cuisine de femmes
Selon le portrait que lui a consacré Forbes Afrique, tout commence dans le quartier de Zongo, à Cotonou, où Georgiana Viou voit le jour en 1977. Elle grandit auprès de sa grand-mère Georgette et de sa mère Romaine, qui tenait un petit restaurant dans la ville. Dans cet univers de femmes, le repas est bien plus qu’un moment pour se nourrir : c’est un espace de partage et de transmission.
Toujours selon Forbes Afrique, c’est de sa mère qu’elle apprend à cuisiner, et de sa grand-mère qu’elle retient une leçon de persévérance. À l’époque, pourtant, elle ne s’imagine pas en faire son métier.
De la Sorbonne aux fourneaux
Selon Gault & Millau, Georgiana Viou s’installe en France en 1999, à 22 ans, pour étudier les langues à la Sorbonne, avec le rêve de devenir interprète. La vie lui réserve une autre forme de traduction, celle des saveurs et des cultures.
Selon Reporter Gourmet, elle travaille d’abord à Marseille dans une agence de communication, puis se lance dans les concours culinaires réservés aux amateurs. En 2010, elle atteint la finale de la première saison de MasterChef. Sans passer par une école hôtelière, elle enchaîne ensuite stages et postes dans des cuisines de Provence et de Paris.
Les étapes s’enchaînent, selon sa biographie et l’annonce du jury de MasterChef par France Télévisions :
- 2011 : elle publie Ma cuisine de Marseille et ouvre L’Atelier de Georgiana ;
- 2015 : elle ouvre son premier restaurant, Chez Georgiana, à Marseille, distingué par Gault & Millau ; l’aventure s’arrête l’année suivante à la suite de désaccords avec les investisseurs ;
- 2021 : elle publie Le Goût de Cotonou aux éditions Ducasse, un livre consacré aux recettes de son enfance, et prend la tête des cuisines de Rouge, à Nîmes ;
- 2022 : Gault & Millau la sacre « Grand de demain », et elle rejoint le jury de MasterChef aux côtés de Thierry Marx et Yves Camdeborde.
Rouge, à Nîmes : l’étoile
Selon Forbes Afrique, Georgiana Viou ouvre en juin 2021 Rouge, le restaurant du Margaret Hôtel Chouleur à Nîmes, aux côtés de Denis Allegrini, lui aussi originaire du Bénin. Le nom n’a rien d’un hasard : le rouge évoque à la fois l’emblème de Nîmes et le drapeau béninois.
Le 6 mars 2023, le Guide Michelin lui décerne une étoile. Selon l’AFP, dont la dépêche a été reprise par CTV News, c’est, sur les 44 nouvelles étoiles attribuées cette année-là en France, la seule obtenue par une femme seule à la tête de sa cuisine. Fidèle à sa philosophie, la cheffe en a attribué le mérite à son équipe et à ses clients.
Dans ses assiettes, la Méditerranée rencontre le Bénin. Dans un entretien à Gault & Millau, elle a décrit sa cuisine comme une cuisine méditerranéenne française parfumée de notes rappelant son pays natal : l’huile de palme rouge, l’afitin (graines de néré fermentées) ou le dja y racontent une histoire que les frontières n’effacent pas. Une vidéo du média Brut, où elle évoque cette reconnaissance avec émotion, a largement circulé sur les réseaux sociaux.
Retour à Cotonou
Sa trajectoire la ramène aujourd’hui vers son pays natal. Selon Le Journal des Palaces, le Sofitel Cotonou Marina Hotel & Spa, premier hôtel cinq étoiles du Bénin, a ouvert progressivement entre septembre et décembre 2024. Selon la présentation officielle de l’hôtel par Accor, Georgiana Viou y a conçu la carte de L’Ami, une brasserie chic aux notes locales.
Ce rôle dépasse la simple signature d’un menu. Georgiana Viou contribue à valoriser les produits béninois auprès d’une clientèle internationale et à transmettre son savoir-faire aux équipes locales du Sofitel. Dans un pays qui mise sur le tourisme pour diversifier son économie, la présence d’une cheffe étoilée est aussi un argument pour attirer visiteurs et investisseurs.
Consommer local, c’est reconnaître une valeur
Le parcours de Georgiana Viou rappelle que les racines ne sont pas un point de départ à oublier, mais une force à cultiver. En faisant entrer l’afitin et l’huile de palme rouge dans un restaurant étoilé, elle démontre que les produits béninois ont toute leur place sur les grandes tables.
C’est aussi un message économique. Valoriser ces ingrédients, c’est ouvrir des débouchés aux producteurs, aux transformatrices et aux artisans qui les font vivre. En ce mois du Consommons local, son histoire pose une question à chacun : quelle saveur béninoise mérite, demain, de conquérir le monde ?
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