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UEMOA : trois adultes sur quatre ont un compte, un sur quatre a une banque

Le nouveau tableau de bord de la BCEAO montre une Union ouest-africaine presque entièrement connectée aux services financiers. Mais la banque classique reste minoritaire et les deux tiers des portefeuilles mobiles dorment. Pour les entrepreneurs, c’est là que se trouve le marché.

Le chiffre a de quoi surprendre ceux qui gardent en tête l’image d’une Afrique de l’Ouest « non bancarisée ». Selon le Tableau de bord de l’inclusion financière publié le 20 octobre 2026 par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), 76,1 % des adultes des huit pays de l’UEMOA utilisaient au moins un service financier formel en 2025. Le taux progresse de 2,5 points en un an. Selon Le Marché, il était de 41,7 % en 2015 : il a presque doublé en dix ans.

Mais derrière cette moyenne flatteuse, la BCEAO dessine un paysage à deux vitesses : une région où l’accès est devenu massif grâce au téléphone, tandis que la banque traditionnelle reste l’affaire d’une minorité.

La monnaie électronique a fait le travail

Le taux de bancarisation strict, qui ne compte que les comptes ouverts dans une banque, à la poste, dans une caisse d’épargne ou au Trésor, plafonne à 26,9 %. Avec la microfinance, on atteint 50,6 %. C’est la monnaie électronique qui comble l’essentiel de l’écart jusqu’à 76,1 %.

Indicateur 2024 2025
Taux de bancarisation strict 25,2 % 26,9 %
Taux de bancarisation élargi (avec la microfinance) 47,4 % 50,6 %
Taux d’inclusion financière (avec la monnaie électronique) 73,6 % 76,1 %
Indice synthétique d’inclusion financière 0,600 0,616

Données du tableau : BCEAO, via Le Marché et L’Infodrome.

L’Union compte désormais 284,8 millions de comptes de monnaie électronique ouverts, pour une population adulte bien inférieure : beaucoup d’utilisateurs détiennent plusieurs puces et plusieurs portefeuilles. C’est pourquoi la BCEAO publie un taux « corrigé de la multibancarité ». Sans cette correction, le taux d’utilisation dépasse 100 % au Bénin, en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Togo.

Les usages explosent. Selon Sika Finance, les transactions de monnaie électronique ont atteint 16,36 milliards d’opérations en 2025, pour une valeur de 219 151 milliards de FCFA, en hausse de 39,7 % sur un an.

Le réseau physique suit. La BCEAO recense 1,86 million de points de service, guichets automatiques, distributeurs et sous-distributeurs. La part de points réellement actifs passe de 61 % à 78 % en un an, signe d’un maillage qui se densifie et se professionnalise.

Un fossé de 66 points entre le Bénin et le Niger

La moyenne masque des écarts considérables.

Pays Taux d’inclusion financière 2025
Bénin 92,8 %
Togo 90,7 %
Côte d’Ivoire 88,7 %
Sénégal 88,0 %
Burkina Faso 81,8 %
Guinée-Bissau 79,5 %
Mali 61,9 %
Niger 26,2 %

Données du tableau : BCEAO, Tableau de bord de l’inclusion financière 2025. Taux corrigés de la multibancarité.

Le Mali décroche à 61,9 %, un niveau inférieur à celui qu’il affichait en 2023 (68,0 %). Le Niger ferme la marche avec 26,2 %. Il progresse toutefois de près de neuf points en un an, après une décennie de stagnation autour de 15 à 17 %. Les tensions sécuritaires et politiques au Sahel, ainsi que les sanctions qui ont frappé Niamey en 2023 et 2024, pèsent sur ces trajectoires.

Pour un investisseur, la lecture est double. Les marchés côtiers sont déjà très équipés : la bataille s’y joue sur la qualité et la gamme de services. Les marchés sahéliens offrent davantage de marge de croissance, mais avec un risque plus élevé.

Deux tiers de comptes dormants

Autre enseignement, moins visible : sur 284,8 millions de comptes de monnaie électronique, 92,7 millions seulement ont été utilisés au cours des 90 derniers jours. Le taux d’activité n’est que de 32,6 %, à peine mieux qu’en 2024 (30,9 %).

Les situations varient fortement. Plus de la moitié des comptes sont actifs en Guinée-Bissau, au Togo et au Burkina Faso. La part tombe sous 30 % au Bénin et au Sénégal, et à 10,9 % au Niger. L’ouverture d’un compte est devenue facile ; l’usage régulier reste à construire.

Ce que cela change pour les entreprises

Le canal de distribution existe. Une PME, un assureur ou une fintech qui veut toucher la clientèle de l’UEMOA peut s’appuyer sur un portefeuille mobile détenu par la majorité des adultes. L’interconnexion des Trésors publics à la plateforme de paiement instantané interopérable de la BCEAO, annoncée le 8 octobre, va dans le même sens.

La valeur se déplace vers les services. Le paiement est largement acquis. Le crédit, l’épargne rémunérée, la micro-assurance ou le financement des stocks des commerçants restent sous-développés. C’est là que se joueront les marges des prochaines années, comme le montre la trajectoire de la fintech ivoirienne Djamo, désormais agréée en microfinance.

La donnée devient un actif. L’historique des transactions mobiles peut servir à évaluer la solvabilité de clients sans bilan ni garantie. Le crédit bancaire au secteur privé ne progressait que de 5,7 % sur un an fin juillet, selon la note de conjoncture de la BCEAO publiée le 21 octobre. Les acteurs capables de prêter à partir de ces données disposent d’un avantage.

 


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